À travers cet entretien en 10 Questions, l’artiste dévoile les contours sensibles de son nouvel EP, We Only Love Spaces and Doors. Entre métaphores, exploration sonore et quête d’équilibre, il esquisse une œuvre suspendue entre deux mondes. Une plongée intime dans un univers où chaque porte ouvre vers l’imprévisible.
1. Votre EP We Only Love Spaces and Doors explore l’idée des portes comme seuils émotionnels. À quel moment personnel ou artistique cette métaphore a-t-elle pris du sens pour vous ?
L’idée est née à un moment de suspension — entre ce que j’avais déjà construit et ce que je ne pouvais pas encore percevoir.
J’ai réalisé que les portes sont plus aventureuses que les miroirs. Les miroirs reflètent souvent ce que l’on connaît déjà — notre identité, notre ego. Les portes exigent de la confiance. Elles vous projettent dans quelque chose d’indéfini.
Cet EP habite cet espace : le moment où l’on avance sans garantie.
2. Vous avez dit préférer les portes aux miroirs parce qu’elles s’ouvrent sur l’inconnu. Ce projet représente-t-il un tournant ou un risque particulier dans votre carrière ?
Je le vois davantage comme un passage qu’un tournant — un déplacement d’un paysage à un autre. Un seuil, un espace liminal.
Choisir une porte signifie toujours perdre le contrôle. Et c’est central dans ce projet : lâcher prise, notamment face aux attentes extérieures.
Il y a une idée de Bowie à laquelle je reviens souvent — lorsque vous vous appuyez sur ce que les autres attendent de vous, vous êtes au mauvais endroit. Cet EP consiste à entrer dans cet entre-deux, même sans contrôle.
3. Cet EP est profondément lié à l’esprit des Jeux paralympiques d’hiver de Milano Cortina 2026. Comment avez-vous traduit des idées comme le dépassement des limites et le changement de perspective en musique ?
Je ne suis pas intéressé par la rhétorique du « dépassement ». Pour moi, il s’agit plutôt de redéfinir l’équilibre.
Une limite est souvent simplement une relation qui n’a pas encore trouvé son équilibre.
Musicalement, cela devient une tension qui se résout vers un nouveau centre — des structures instables qui trouvent leur cohérence. Il s’agit moins de victoire que de transformation.
4. Votre travail équilibre constamment piano néo-classique et éléments électroniques. Comment avez-vous abordé cet équilibre sur cet EP, et en quoi diffère-t-il de vos projets précédents comme Urban Impressionism ?
Dans Urban Impressionism, le contraste était très marqué : le piano comme élément émotionnel et humain, et l’électronique comme élément concret.
Ici, cette distinction se dissout. Le piano reste le cœur émotionnel, mais il est absorbé dans un environnement qui le transforme.
On n’entend plus deux mondes séparés — c’est une surface continue. Moins de contraste, plus de perméabilité.
5. Vous êtes également le compositeur de Fantasia Italiana, bande originale officielle des Jeux olympiques d’hiver. Comment passe-t-on d’une commande institutionnelle d’envergure à quelque chose d’aussi intime que cet EP ?
C’est comme entrer dans une seule pièce qui révèle un espace tout aussi vaste.
Il ne s’agit pas d’échelle — mais de profondeur.
Avec Fantasia Italiana, je travaillais sur une émotion collective. Ici, c’est plus intérieur — mais l’espace peut être tout aussi immense. La dimension change, pas l’intensité.
6. Vos compositions évoquent souvent le mouvement et l’espace. Visualisez-vous des images ou des architectures spécifiques lorsque vous écrivez de la musique ?
Toujours. Je ne pars pas des notes — je pars de l’espace.
Parfois, c’est architectural, parfois plus abstrait — tension, expansion, suspension.
Pour moi, la musique est une manière de construire un lieu qui n’existait pas auparavant.
7. Vous avez collaboré avec de nombreux artistes comme Stromae et Benny Benassi. Comment ces expériences ont-elles façonné votre travail en solo aujourd’hui ?
La collaboration vous force à sortir de votre propre langage.
Avec Stromae, j’ai travaillé sur une pièce pour La Notte della Taranta, en fusionnant son identité avec la pizzica. Le défi était de respecter les deux univers — et dans cette tension, un nouveau territoire est apparu.
Avec Benny Benassi, il s’agit d’énergie — l’impact physique du son, la dynamique du dancefloor.
Tout cela affine votre voix, non pas par imitation, mais par contraste.
8. Après des productions de grande envergure avec orchestres et grandes scènes, ressentez-vous le besoin de revenir à quelque chose de plus minimal ou introspectif ?
Je ne parlerais pas de minimalisme — plutôt d’une autre forme d’essentiel. Peut-être plus spirituelle.
Après des projets d’envergure, l’instinct n’est pas de réduire, mais de changer de perspective. D’explorer de nouveaux espaces.
Cet EP s’aventure dans des territoires moins visibles, mais tout aussi vastes. Ce n’est pas une soustraction — c’est un approfondissement.
9. Votre musique a été décrite comme une rencontre entre Ryuichi Sakamoto et Moby. Vous reconnaissez-vous dans cette comparaison ou cherchez-vous à la dépasser ?
C’est une comparaison intéressante — et généreuse. Ce sont deux artistes que je respecte profondément.
Mais je ne cherche pas à exister dans des références. L’objectif est toujours de les dépasser, pour aller vers quelque chose qui semble nécessaire aujourd’hui.
10. Vous repartirez en tournée européenne en 2026, avec des dates à Paris et Lisbonne. Comment envisagez-vous de porter cet EP sur scène — fidèle aux enregistrements ou plus expérimental ?
La dimension live est toujours une transformation.
L’enregistrement n’est qu’une version parmi d’autres. Sur scène, tout s’ouvre — devient instable, réactif.
Je vois le live comme une autre porte : quelque chose qui change chaque soir, selon l’espace, le public, l’énergie. Donc oui — plus expérimental, plus vivant.
