Avec Love Kills, Desert Man dévoile un EP à la fois solaire et mélancolique, où l’indie rock prend des teintes analogiques et lo-fi. Dès les premières notes, on est happé par cette production organique, qui marie la chaleur psychédélique de Jonathan Wilson aux grooves nonchalants de Dope Lemon. Le timbre du chanteur, proche de celui de Beck, ajoute une dimension intimiste à ce projet qui s’écoute comme une confession d’été, portée par ceux qui dansent avec leurs failles.
Le fil rouge de l’EP, c’est l’amour, mais vu à travers un prisme désabusé. Desert Man n’y va pas par quatre chemins et dynamite les mythes romantiques avec un sarcasme délicieusement européen. « L’amour n’est que biochimie et électricité dans ton cerveau / l’amour est une drogue pour traverser la journée / mais le crystal meth aussi », balance-t-il avec une lucidité tranchante à la Father John Misty. Ce n’est pas du cynisme, mais un regard acéré sur nos illusions modernes.
Côté musical, chaque titre affirme une identité propre. “Penelope”, déjà sorti en single, met en scène une héroïne insaisissable dans une veine proche des Lemonheads. “Zodiac” s’impose comme un rock mélodique entêtant, soutenu par une basse pulsante et des guitares méditatives. “Willow Waltz” ralentit le tempo, avec ses arrangements folk raffinés et ses lignes vocales pleines de relief. Mention spéciale à “Desire Lines” où l’intensité monte d’un cran, emmenée par une batterie vive et une voix habitée.
L’EP se referme sur “Base Camp”, un dernier souffle dansant au charme rétro. La guitare électrique s’y mêle à la voix dans une parfaite complicité, tantôt en harmonie, tantôt en contrepoint. Desert Man signe ici un projet cohérent et audacieux, aussi lucide que musicalement riche. Love Kills n’enterre pas l’amour, il le déconstruit avec élégance – et ça fait un bien fou.

