Découvrez les coulisses de FAMOYO, un projet ambitieux où la poésie de Paolo rencontre les expérimentations sonores de Massimo. Cet entretien explore la genèse d’un album-concept inspiré par la philosophie de Gurdjieff, mêlant spiritualité, intelligence artificielle et influences progressives. Un véritable voyage intérieur qui redonne ses lettres de noblesse au format de l’album narratif.
1. Votre parcours vous a d’abord mené vers le journalisme et la politique, avant de vous ramener à la musique. Comment ces expériences de vie ont-elles transformé votre façon de composer et d’écrire aujourd’hui ?
- Ce sont des expériences qui peuvent vous amener à évoluer, à être plus conscient. Cela affecte toute votre existence, même dans la musique, car c’est une forme de communication.
2. Vous jouiez déjà ensemble dans votre jeunesse. Quel aspect de cette chimie originelle avez-vous redécouvert en travaillant sur FAMOYO ?
- La chimie, telle que vous la définissez, est quelque chose de très personnel et d’immédiat. Soit elle est là, soit elle ne l’est pas. Dans notre cas, elle était présente et elle est revenue par le simple fait de se retrouver, même si nous avons changé, je crois pour le mieux.
3. FAMOYO s’inspire de la philosophie de George Ivanovich Gurdjieff. Qu’est-ce qui vous a le plus fasciné dans ses idées, au point d’en faire le fondement d’un album-concept ?
- La vision de l’équilibre. Après tout, nous vivons dans une réalité pleine de déséquilibres.
4. L’album explore les quatre voies décrites par Gurdjieff : le Fakir, le Moine, le Yogi et l’Homme rusé. Laquelle de ces voies résonne le plus profondément avec vos expériences personnelles et artistiques ?
- Celle exprimée dans le dernier morceau. La vision de l’homme rusé : l’équilibre et la complétude, précisément.
5. Paolo, votre passé de poète influence fortement les paroles. Comment transformez-vous des réflexions philosophiques aussi profondes en mots qui restent à la fois accessibles et musicaux ?
- J’aime écrire ; je le fais depuis plusieurs années. La poésie, en particulier, fait partie de moi depuis que je suis enfant. C’est une passion profonde et personnelle que la musique m’a permis d’explorer davantage. Bien sûr, ces paroles en sont grandement influencées. Il n’a pas été automatique, ni facile, de traduire des réflexions, philosophiques ou autres, en vers pour la musique. Cela demande de l’inspiration, mais en même temps de la rigueur, un sens de la musique et du rythme, une recherche minutieuse du mot… bref, un effort agréable. Je dois dire, en fait, que j’ai trouvé cela plus stimulant que d’écrire un poème. C’est aussi pour cette raison que je considère cet album comme vraiment satisfaisant. L’harmonie complète et l’entente avec Massimo ont été la pierre angulaire de ce travail.
6. Massimo, vous utilisez l’intelligence artificielle pour retravailler certaines de vos compositions. Considérez-vous l’IA comme un simple outil technique ou comme un véritable partenaire créatif ?
- Je la considère comme un outil efficace, qui propose également des suggestions, parfois intéressantes, parfois moins. L’intégration avec les stations de travail permet de ne pas être dominé par l’IA, mais d’en avoir le plein contrôle. C’est comme travailler avec des musiciens qui, en fin de compte, suivent les directives de la personne qui a composé le morceau. Bien sûr, l’IA générative peut aussi être utilisée en lui déléguant presque entièrement la création d’une pièce, mais ce n’est pas notre façon de travailler.
7. Votre son mélange prog, jazz fusion et world music. Comment équilibrez-vous ces influences tout en préservant l’identité unique du projet ?
- Il n’y a pas de méthode, en ce qui me concerne. Je travaille de manière assez instinctive. Évidemment, je suis influencé par la musique que j’ai écoutée au fil des ans, du prog quand j’étais très jeune au jazz non conventionnel comme Weather Report, jusqu’à la world music.
8. Les onze titres de FAMOYO ressemblent à un véritable voyage intérieur. Aviez-vous l’intention de faire de l’album une expérience d’écoute totalement immersive du début à la fin ?
- Oui, bien sûr. L’idée est celle d’un voyage, d’un chemin, le plus cohérent possible.
9. Dans une époque dominée par les formats courts et les playlists, pensez-vous que l’album-concept reste un espace privilégié pour raconter des histoires profondes et spirituelles ?
- Je ne sais pas s’il est privilégié. Pour nous, c’est quelque chose de normal. Nous en avons tellement écouté. Aujourd’hui encore, certains sont considérés comme des classiques ou même des chefs-d’œuvre. Je pense, par exemple, à « Thick as a Brick » de Jethro Tull. Il est encore largement écouté. Au final, c’est la qualité de la musique qui compte, concept ou pas.
10. Après un projet philosophique et musical aussi ambitieux, quelles nouvelles directions aimeriez-vous explorer dans la suite de votre carrière ?
- Artistiquement ? La formule du concept nous intéresse toujours beaucoup car elle nous permet de travailler avec une plus grande ampleur. Lier la musique à une intrigue, à un récit, comme s’il s’agissait d’un film ou d’un livre, stimule la créativité. Ainsi, même si nous travaillons sur des chansons individuelles, je pense que nous pourrions développer un nouveau concept. Nous avons déjà quelques idées.
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