Certains après-midis de bureau finissent en chansons, d’autres en réquisitoires. Pour l’icône de Chapel Hill, le point de rupture a un nom : la réunion de département. Dans son nouveau brûlot, « Twelve Great Minds (Department Meeting) », Florence Dore délaisse la douceur Americana pour un alternative pub-rock anguleux, presque sale, qui transpire l’exaspération accumulée.
Le vernis craque et c’est tant mieux. On est loin des ballades bucoliques : ici, Dore chante avec les dents. Sa voix monte dans les tours et frôle le cri, capturant cette rage familière à quiconque a déjà vu son temps mourir à petit feu sous les assauts de l’ego et de la bureaucratie. C’est le son organique d’une artiste qui refuse désormais de hocher la tête par simple politesse.
Le texte, d’un sarcasme décapant, ne fait pas de prisonniers. Elle y étrille ces intellectuels de salon qui ont lu Freud pour théoriser les cauchemars et Piketty pour disséquer les classes, tout en oubliant la note de bas de page essentielle : celle sur leur propre bêtise. Le refrain agit comme une purge libératrice : « Twelve great minds and twelve ways to fuck it up ».
Brut et terriblement cathartique, ce titre nous rappelle que les diplômes n’ont jamais guéri la mesquinerie. Un morceau à écouter en sortant du bureau, le volume au maximum, pour transformer sa frustration en une magnifique décharge d’énergie rock.

