Frequences & Sentiments : Rencontre avec GlowDriver (Interview)

Dans cet entretien exclusif, GlowDriver revient sur les coulisses de son titre Tell Me et livre une réflexion profonde sur la vulnérabilité émotionnelle. Entre sonorités électroniques vibrantes et métaphysique du clubbing, l’artiste nous explique comment il transforme les différents langages de l’amour en véritable énergie pour le dancefloor.

1. « Tell Me » explore le langage des « Paroles valorisantes ». Qu’est-ce qui vous a inspiré à aborder les différents langages de l’amour à travers une série de morceaux électroniques ?

Je pense que l’amour est une émotion universelle dans laquelle tout le monde peut se reconnaître, et que la musique est un langage universel que chacun peut comprendre et apprécier. Mais bien que l’amour lui-même soit universel, les gens le ressentent et l’expriment de manières très différentes. Je voulais explorer ces perceptions individuelles de l’amour, mieux les comprendre et traduire ces sentiments en une musique qui résonne différemment auprès de chaque personne, en fonction de son vécu et de sa propre façon d’aimer.

2. Dans ce morceau, vous transformez une profonde vulnérabilité émotionnelle en un hymne pour club à 123 BPM plein d’énergie. Comment équilibrez-vous l’intimité d’un sentiment personnel avec l’énergie brute de la musique club ?

Je pense que le club est l’un des meilleurs endroits au monde pour notre style de musique, car il permet à la vulnérabilité émotionnelle et à une énergie intense de coexister. Le genre d’environnement de club qui m’attire est celui où les gens se sentent libres de s’exprimer, de se connecter avec ceux qui les entourent et de vivre la musique sans se retenir. Cette ouverture crée le cadre parfait pour une musique émotionnellement sincère, mais conçue pour faire bouger une salle. Pour moi, cet équilibre entre l’émotion et l’énergie est exactement la place de GlowDriver.

3. Vous avez mentionné que rechercher de l’affection verbale est souvent interprété à tort comme un besoin d’attention. Espérez-vous que cette chanson aide à changer la façon dont les gens perçoivent cette vulnérabilité particulière ?

Oui, absolument. Tant de gens passent leur vie à vouloir et à attendre que la personne qu’ils aiment leur dise en retour qu’elle les aime. Vouloir entendre qu’on est aimé n’est ni de l’insécurité ni de la recherche d’attention ; pour certaines personnes, les paroles valorisantes sont leur langage amoureux principal et la manière dont elles se sentent le plus profondément aimées. Je veux que cette chanson serve d’outil pour ces personnes et leur offre un moyen de communiquer ce besoin, même lorsqu’elles ne savent pas comment le demander directement.

4. GlowDriver est décrit comme un personnage fait de lumière, d’émotion et de mouvement. Qui est GlowDriver au fond : une entité mythique, un prolongement de vous-même ou un personnage de scène ?

Oui, GlowDriver est une extension de moi sur le plan créatif, mais GlowDriver est plus grand qu’une seule personne. Je travaille avec de nombreuses personnes incroyablement talentueuses sur ces chansons, et ensemble, nous essayons de capturer des idées qui nous dépassent : le désir, la passion, l’amour, l’énergie et la connexion qui se forme entre les individus.

Ces idées peuvent exister dans le domaine émotionnel, spirituel, et presque comme une sorte d’énergie ou de lumière entre deux personnes. L’étincelle du premier amour, l’électricité d’un premier baiser, la sensation d’être proche de quelqu’un qu’on aime… Ces expériences sont bien plus vastes que ma propre personne ou n’importe quel individu.

Au fond, GlowDriver est donc les trois à la fois : un prolongement de moi-même, un personnage de scène et quelque chose de presque mythique qui représente ces émotions et ces connexions plus grandes que nous.

5. Votre esthétique tourne autour du concept de Frequences After Dark. Comment décririez-vous l’énergie unique qui s’enflamme entre les gens une fois que les lumières s’éteignent ?

Il y a une magie particulière qui s’opère lorsque vous vous retrouvez dans une grande salle entouré de centaines, voire de milliers d’autres personnes, toutes habillées dans leur propre style, enthousiastes et simplement là pour vivre quelque chose ensemble. Le fait de se sentir faire partie de quelque chose de plus grand, entouré de lumières, de musique, de mouvement et de personnes ouvertes à l’instant présent, vous permet de vous libérer de certains freins du quotidien comme le jugement, la fierté, le statut social et les attentes. Pendant ces quelques heures, vous pouvez vous échapper vers un endroit où vous vous sentez plus libre, plus connecté, plus ouvert et plus vivant avec tous ceux qui vous entourent.

6. La phrase « l’émotion devient électricité » est centrale dans votre projet. Quel a été le déclencheur qui vous a amené à lier aussi étroitement la musique électronique aux sentiments humains ?

Je suis un grand passionné de musique, de tous les genres musicaux, et ce que j’ai remarqué après de nombreuses années d’écoute et d’étude, c’est que les morceaux qui me marquent durablement sont toujours ceux qui me touchent émotionnellement. Cette prise de conscience a permis de réorienter mon propre parcours musical. Je ne voulais pas simplement faire une chanson de plus. Je voulais créer une musique qui puisse avoir ce même type d’impact sur quelqu’un d’autre — quelque chose qui puisse le toucher, se connecter à lui à un niveau plus profond et rester en lui une fois la musique arrêtée.

C’est vraiment de là que vient l’idée que « l’émotion devient électricité ». On part d’un sentiment humain, on le traduit en son, en rythme, en mélodie et en énergie, en espérant que ce sentiment atteigne quelqu’un d’autre de l’autre côté.

7. Côté production, « Tell Me » met en avant des lignes de basse entraînaissantes et des synthétiseurs saturés. Comment avez-vous conçu le son pour évoquer physiquement ce sentiment d’attraction et de tension ?

J’ai su très tôt que je voulais une forte présence de guitare dans cette chanson, notamment parce qu’on n’entend pas souvent ce genre de guitare mis en avant dans la musique électronique. Je voulais aussi que la production soit dense et immersive. Plutôt que d’avoir un instrumental qui accompagne simplement le chant, je voulais que la musique l’enveloppe et crée presque un nuage ou un mur de son derrière l’interprète.

Les couplets sont volontairement plus dépouillés parce que c’est là que réside la vulnérabilité émotionnelle. Il y a plus d’espace autour de la voix, ce qui permet de ressentir l’incertitude et le besoin derrière les mots. Puis, lorsque le refrain arrive, la production devient beaucoup plus dense et saturée. La guitare, la basse, les synthés et les différentes couches sonores se compressent ensemble, donnant l’impression que l’émotion a pris une ampleur physique.

Ce contraste était important pour moi. Les couplets retiennent l’énergie et créent la tension ; le refrain la libère. Je voulais qu’on ressente ce moment où l’attraction et l’émotion cessent d’être purement intérieures pour devenir soudainement submergeantes.

8. Les voix sont très présentes sur cette sortie. Quel rôle les arrangements vocaux ont-ils joué pour exprimer le besoin de réassurance verbale ?

Les voix sont l’élément le plus important parce que tout le concept repose sur le besoin d’entendre des émotions fortes exprimées à voix haute. Nous avons dû faire au moins une centaine de révisions des paroles, en cherchant la combinaison exacte de mots pour capturer ce langage de l’amour et transmettre à quel point ces mots peuvent être essentiels pour quelqu’un.

La répétition compte aussi beaucoup. Quand on entend « Tell me » encore et encore, cela finit par ressembler moins à une parole de chanson qu’à un appel émotionnel. Il fallait que cela reflète le besoin sincère que certaines personnes ont d’entendre ces sentiments formulés à voix haute. L’arrangement vocal renforce ce besoin de réassurance et garde les mots au cœur émotionnel du morceau.

9. « Tell Me » constitue le deuxième chapitre de votre série de sorties sur les langages de l’amour. Pouvez-vous nous donner un indice sur le prochain langage que vous allez explorer ?

Je suis encore en train de développer le chapitre suivant, donc je ne veux pas révéler le langage d’amour spécifique trop tôt. Ce que je peux dire, c’est que chaque sortie aborde la connexion humaine sous un angle émotionnel différent. Je veux que les chansons fonctionnent d’abord de manière indépendante, puis que les gens réalisent progressivement qu’une histoire plus vaste les relie entre elles.

Un petit indice : la prochaine chanson parle de ce moment où l’attraction se transforme en invitation. Il s’agit d’amener son ou sa meilleur(e) ami(e) ou l’amour de sa vie à sortir de sa coquille pour venir s’amuser dans la nuit. C’est joueur, flirteur, et entièrement axé sur le partage.

10. Quand quelqu’un vit un set ou écoute un morceau de GlowDriver, quel sentiment ou quel message souhaitez-vous qu’il emporte avec lui au lever du soleil ?

Je veux qu’il repartent avec la sensation que la musique s’est adressée à lui personnellement et lui a apporté quelque chose de plus qu’une simple bonne soirée. Peut-être que cela l’aura aidé à se connecter plus profondément avec les personnes qui l’entourent, à comprendre comment quelqu’un d’autre vit l’amour ou les émotions, ou même à réaliser quelque chose sur lui-même qu’il n’avait pas réussi à exprimer avec des mots auparavant.

Si un morceau de GlowDriver peut faire en sorte que quelqu’un se sente plus connecté, mieux compris ou simplement plus conscient des émotions qu’il partage avec les autres, alors j’ai le sentiment que la musique a accompli ce que j’espérais.