Avec « Black and White World », le George Collins Band déploie un art rare : celui de dire beaucoup avec simplicité, de tisser un message social dans le velours d’une mélodie folk-rock sans jamais hausser le ton. Dès les premières mesures, la chanson impose son équilibre entre introspection et confiance, comme un trait d’union entre la sagesse des poètes outlaw des années 70 et la clarté mélodique des storytellers modernes.
On retrouve ici l’esprit de Tom Petty ou de Steve Earle, ces artisans du verbe qui savaient faire sonner l’ordinaire comme une prière. Les cuivres arrangés par Lou Pomanti apportent une chaleur irrésistible, presque solaire, tandis que l’orgue tisse une atmosphère feutrée où chaque mot semble trouver sa juste place. Le chant de Collins, à la fois posé et malicieux, donne l’impression d’une conversation sincère plus que d’une performance.
Mais derrière cette douceur se cache un propos lucide : celui d’un monde trop souvent divisé, vu à travers le prisme du noir et du blanc, du vrai et du faux, du nous et du eux. Plutôt qu’un sermon, la chanson se veut un appel à la nuance, à l’empathie, à cette zone grise où se logent les vérités humaines.
En filigrane, « Black and White World » annonce l’album New Ways of Getting Old, dont on devine déjà la maturité tranquille et la sincérité lumineuse. Un titre qui rappelle que la musique, plus que tout discours, reste un espace de respiration et de réconciliation.

