Après avoir mené le groupe Ubiquity Machine, l’artiste britannique se lance dans une aventure solo intimiste sous le nom d’herbie the rabbit. Dans cet entretien, il revient sur la genèse de son premier single Burn the Witch, produit par Jordan Lawlor (M83), et évoque sans détour l’impact de la neurodivergence, de la philosophie et des dérives de la désinformation sur sa musique. Un regard lucide, teinté d’humour noir et de pop incisive, qui pose les bases d’un projet ambitieux.
1. Après avoir été pendant des années le leader d’Ubiquity Machine (qui compte plus de 10 000 abonnés sur Spotify), qu’est-ce qui a déclenché le besoin de tout lâcher pour créer ce projet solo sous le nom d’herbie the rabbit ? Était-ce une nécessité de vous mettre à nu, sans groupe derrière lequel vous cacher ?
Eh bien… c’est toujours plus amusant quand on est nu ! Nous continuons à produire de la musique avec UM… mais j’écris en permanence et j’avais beaucoup d’idées que je voulais explorer. C’est alors que Jordan Lawlor m’a contacté en disant qu’il aimerait produire quelques morceaux, et je me suis simplement lancé.
2. C’est la première fois que vous composez de la musique entièrement seul. Comment cette autonomie a-t-elle transformé votre approche de l’écriture et de la composition par rapport à votre ancien groupe ?
– C’est très libérateur de sauter de la falaise à chaque fois en espérant survivre à la chute… Jusqu’ici, j’ai réussi à apprendre à voler à chaque coup.
3. Le morceau a été produit par Jordan Lawlor de M83. Comment la touche artistique et la direction en studio ont-elles aidé à façonner l’atmosphère menaçante, intime et captivante de Burn the Witch ?
– Jordan a une excellente oreille pour créer un son cohérent. Son expérience – enregistrer, jouer et être en tournée avec un groupe de renommée internationale – apporte à la chanson ce dont elle a le plus besoin. Il est doué pour délivrer une production qui élève le morceau.
Nous partageons tellement de références musicales communes qu’il nous est très facile de collaborer. Il m’aide vraiment à prendre confiance et à me faire confiance. C’est un privilège de travailler avec lui.
4. Vous mentionnez que ces titres découlent de votre expérience personnelle de l’autisme, du TDAH et du trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C). Comment réussissez-vous à traduire des notions comme la dissociation, l’hypervigilance et un sentiment de culpabilité altéré dans des chansons et des études de personnages ?
– Tout cela est un peu terrifiant… Alors autant écrire une chanson et laisser tout le monde deviner de qui je parle, hahahaha… Oui… Accepter le TDAH, l’autisme et le TSPT-C a été un lent réveil… Mais cela a aussi apporté le calme après la tempête.
5. Le titre de votre single, Burn the Witch, évoque immédiatement la mentalité de meute, le conformisme et la facilité avec laquelle les gens désignent des coupables. Est-ce une critique directe de notre époque saturée de désinformation et d’IA ?
– Nous, les humains, avons toujours été vulnérables aux gens malhonnêtes et manipulateurs… L’IA donne à ces personnes un pouvoir démesuré pour contrôler la foule et influencer des sociétés entières. Nous nous acheminons vers des temps difficiles – d’autant plus que la plupart d’entre nous sommes terriblement mauvais en matière de pensée critique.
6. Dans vos notes, vous faites référence à des concepts psychologiques comme le conformisme normatif et informationnel, ainsi qu’à la vision de Kant sur l’« immaturité » et la lâcheté. Dans quelle mesure la philosophie et la sociologie nourrissent-elles votre démarche musicale ?
– J’imagine qu’il faut se demander à quel point on prend nos propres décisions, ou si elles sont prises à notre place. À quand remonte la dernière fois où vous vous êtes dressé contre la foule ?
7. La pochette du single met en scène Lilith (via l’œuvre de Dante Gabriel Rossetti), symbole de la première sorcière, de la défiance et du savoir interdit. Pourquoi ce personnage mythologique est-il devenu la figure de proue idéale de ce projet ?
– Elle est l’allégorie parfaite de la façon dont les puissants nous manipulent pour maintenir les femmes à leur place…
8. Dans les paroles de Burn the Witch, vous retournez l’accusation contre l’accusateur (« quelqu’un t’a raconté une version déformée de l’histoire / es-tu à blâmer… »). Voyez-vous cette chanson comme un miroir tendu à ceux qui avalent des récits préconçus sans réfléchir ?
– J’espère que les gens s’y reconnaîtront.
9. Votre musique oscille entre obscurité, esprit sardoniqeu et mélodies entêtantes (« un haussement d’épaules accrocheur qui s’avère avoir des crocs »). Comment parvenez-vous à équilibrer la lourdeur des thèmes abordés avec une forme de légèreté pop/folk ?
– J’ai peut-être un peu trop écouté The Cure ou Elliott Smith.
10. Burn the Witch est le premier single d’une série de sorties prévues et d’un album à venir au cours de l’année. À quoi doit-on s’attendre pour la suite de l’aventure herbie the rabbit, une fois le nouveau site web et les réseaux sociaux pleinement opérationnels ?
– Merci pour votre soutien ! Le premier album est terminé et sortira au cours de l’année à venir… Et le deuxième album est en cours d’écriture ! Il va y avoir de quoi bien s’amuser.
