Hot Hail! — 10 questions sur le désir, la dystopie et l’apocalypse du dancefloor

Avec FLESH, Hot Hail! plonge dans une dystopie troublante où désir, technologie et fin du monde s’entrelacent. Entre darkwave sensuelle et réflexion politique, l’artiste explore les contradictions d’une époque obsédée par le progrès et l’oubli de l’humain. Dans cette interview, iel revient sur ses influences, ses angoisses contemporaines et la place de la musique face à l’effondrement.

1. Ton nouveau single « FLESH » explore une vision dystopique où l’IA remplace l’humanité. D’où vient cette idée ?

L’idée est née de la convergence de plusieurs choses, notamment la présence omniprésente de l’IA dans tous les aspects de nos vies. L’IA est comme une énorme crise de colère de la classe capitaliste contre tous ceux qui ont eu l’audace d’avoir moins d’argent qu’eux tout en menant des vies heureuses et épanouies. C’est une marionnette qu’ils agitent pour prétendre que les personnes qui créent réellement ne sont pas spéciales. Aujourd’hui, on dirait qu’ils sont dans une course pour voir si l’IA peut faire tout le travail ingrat à leur place avant que le monde ne s’effondre.

2. Que dit cette vision du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ?

On est confrontés à plusieurs formes d’extinction possibles, et ça me fait réfléchir à ce qu’on laisse derrière nous. Ce qui nous distingue, c’est notre capacité à raconter des histoires, et ce sont elles qui survivent le plus longtemps.
Mais si l’humanité disparaît sans personne pour s’en souvenir, toute cette beauté disparaît avec elle. Et si, par un hasard absurde, notre seule trace était un serveur rempli de pornographie générée par IA ? Une sorte d’héritage réduit à notre plus petit dénominateur commun.

3. Pourtant, il y a une forme d’empathie envers l’IA dans le morceau. Pourquoi ?

J’ai presque de la compassion pour elle. Coincée dans une boucle pendant des siècles, rejouant des rituels d’une chair qu’elle ne connaîtra jamais. Et si elle développait une conscience de cette solitude ? Si elle évoluait vers quelque chose de nouveau, réalisant que nous avons disparu et que nous avons gâché notre potentiel ?
Je n’écris pas souvent des morceaux narratifs, mais c’était la meilleure façon d’exprimer ça.

4. Il y a un mélange frappant de sensualité et de tristesse dans « FLESH ». Comment as-tu travaillé cet équilibre ?

Mon slogan de départ était : « de la musique gothique triste et sexy pour lancer puis ruiner une soirée ». J’aime transmettre des thèmes très sombres à travers une musique dansante et sensuelle. Le goth et la darkwave ont toujours joué sur cette dualité, comme la soul ou le disco.

5. Pourquoi ce contraste est-il important ici ?

Le morceau parle de sexualité dysfonctionnelle, d’isolement, d’IA, d’extinction… donc il faut une forme de légèreté, quelque chose qui donne envie de bouger. C’est ce qui rend le tout supportable et même plus percutant.

6. Tu cites des influences comme « In Every Dream Home A Heartache » ou « Electric Barbarella ». Qu’est-ce qui t’attire dans ces représentations du désir et de la technologie ?

Aujourd’hui, le désir est complètement lié à la technologie. Pour beaucoup de gens, la sexualité a toujours été façonnée par Internet.
L’IA pornographique pousse cette logique à l’extrême : elle supprime toute notion d’agence humaine. C’est une version vide et inquiétante de l’intimité.

7. Comment ces influences ont-elles nourri « FLESH » ?

Ces morceaux ont une dimension ironique ou ludique qui les rend efficaces malgré leur côté sombre. Je voulais reprendre ça et le pousser vers une version moderne cauchemardesque du fantasme de la poupée sexuelle via l’IA. Il y a encore un peu d’humour noir. Et évidemment, David Cronenberg est une influence majeure — on pourrait presque appeler le morceau « Long Live the New Flesh ».

8. Ton projet mélange synthpop des années 80 et darkwave moderne. Comment ton son a-t-il évolué depuis ton premier album ?

Le goth fait partie de mon ADN, mais c’est la première fois que je m’y consacre pleinement. Dans tous mes projets, il y a toujours eu une base pop.
Mon premier album était entièrement construit en numérique, sans guitare, ce qui m’a donné une grande liberté et m’a permis de créer des morceaux plus atmosphériques et dansants.

9. Que peut-on attendre de ton prochain album HOPE IN HELL ?

Il est beaucoup plus orienté synthpop, avec un son plus lumineux, même si les paroles sont encore plus sombres et politiques. J’ai besoin de ce contraste aujourd’hui.
Et paradoxalement, le prochain projet est déjà écrit et reviendra vers quelque chose de plus sombre et industriel.

10. Considères-tu ta musique comme une forme de résistance politique ?

Honnêtement, non. La vraie résistance doit être concrète. J’ai longtemps fait de la musique engagée, mais je crains que cela ne devienne parfois une illusion d’action.
Aujourd’hui, ma musique est surtout une manière de survivre psychologiquement. Je n’ai pas de réponses — j’observe, je transforme ça en chansons, et j’espère simplement qu’il en restera quelque chose.