4/10
En gravissant les échelons du label Opium sous l’aile de Playboi Carti, Ken Carson s’est imposé comme l’un des fers de lance d’un rap de club destructeur, boursouflé de basses et saturé d’énergie brute. Son précédent projet, A Great Chaos, avait su capturer une urgence générationnelle indéniable. C’est donc avec une curiosité certaine que le public a vu débarquer xperiment – cartunez, un projet pharaonique de 35 titres né de la fusion de deux sorties estivales successives. Malheureusement, l’expérience s’avère rapidement être un double tranchant. Si la forme brille par instants, le fond, lui, accuse un sérieux coup de fatigue.
Le véritable point fort de cet album réside incontestablement dans sa direction artistique sonore. Sur le plan des productions, le projet est une réussite immersive. Les beatmakers associés à l’écurie Opium livrent une partition complexe et résolument futuriste. Les synthétiseurs sont stridents, les textures numériques évoquent des bandes-son de jeux vidéo dystopiques, et la saturation est maîtrisée avec une précision chirurgicale. Des morceaux comme wheredoistart ou deaf note déploient des architectures sonores impressionnantes qui bousculent l’auditeur. Les infrabasses sont lourdes, les drops sont massifs, et l’atmosphère générale transpire cette noirceur électronique si chère à l’univers visuel de Ken Carson. Pour quiconque cherche une simple dose d’adrénaline purement instrumentale, l’album remplit son cahier des charges.
Le problème majeur, et il est de taille, vient de la performance du rappeur lui-même. Une fois l’effet de surprise des productions estompé, le constat devient difficile : Ken Carson semble cruellement manquer d’idées derrière le micro. Tout au long de cette immense tracklist, les flows se révèlent d’une grande médiocrité. L’artiste s’enferme dans des schémas de rimes répétitifs et une livraison monocorde qui frise parfois la léthargie. Là où la production exige un dynamisme féroce ou une créativité rythmique pour briser la monotonie, Carson livre des couplets prévisibles, posés sans réelle conviction. Ce manque de relief vocal transforme ce qui aurait dû être un marathon d’énergie en une longue suite de redondances. Les variations d’intensité sont si rares qu’on finit par confondre les morceaux les uns avec les autres.
Cette pauvreté dans l’interprétation met d’ailleurs en lumière le principal défaut structurel de l’œuvre : sa longueur démesurée. Diluer un concept déjà limité sur 35 pistes relève de l’indigestion. On a l’impression d’assister à une simple compilation de sessions de studio plutôt qu’à un album pensé, trié et articulé. Au final, xperiment – cartunez laisse un goût d’inachevé. Ken Carson possède indéniablement l’une des meilleures boîtes à rythmes du paysage rap actuel, mais il oublie qu’un grand producteur ne suffit pas à faire un grand morceau. Faute de flows percutants et d’un véritable renouvellement technique, l’album lasse bien avant d’avoir atteint sa conclusion. Un projet intéressant pour sa carrosserie sonore, mais cruellement vide sous le capot.
