M0n0 Jay : 10 questions au cœur de l’univers Candy Gym

Dans un paysage musical en quête de sensations nouvelles, M0n0 Jay bouscule les codes avec un univers aussi physique que scintillant. Entre culture fitness, pop décomplexée et textures industrielles, l’artiste suédoise façonne une identité singulière baptisée “Candy Gym”. À travers cette interview, elle dévoile les coulisses d’un projet où le corps, la puissance et la liberté deviennent une véritable expérience sensorielle.

1. Ton univers artistique mêle culture du fitness, esthétique pop et textures industrielles. Comment cette identité unique de “glitter gym pop” est-elle née ?

Tout a commencé par une blague visuelle. J’ai relié deux sucettes par leurs bâtons et j’ai réalisé qu’elles ressemblaient exactement à une barre ou à un mini haltère. C’est ce qui a déclenché tout le concept. Je pratique la force athlétique en compétition depuis quatre ans et je suis présidente de Täby AK en Suède. Je voulais prendre la réalité lourde et brute de la musculation et la faire entrer en collision avec un univers pop coloré, déjanté et scintillant, pour montrer la joie de devenir fort et de devenir soi-même dans un espace qui nous appartient pleinement.
Je me suis entourée de collaborateurs incroyables pour créer un beat club industriel à 128 BPM qui retranscrit cette friction physique, puis j’y ai ajouté du souffle, de la sueur et du glamour.

2. Tu décris ta musique comme une célébration de la puissance plutôt que de la performance. Qu’est-ce que cela change dans ta manière de créer et de te présenter ?

Les industries du fitness et du divertissement sont obsédées par la “photo après” et par l’apparence parfaite pour l’algorithme. Tous les jours. En tant que professionnelle active, mère et athlète, j’en avais assez. Je ne veux pas cacher la sueur ni les efforts nécessaires pour devenir la meilleure version de moi-même, ici et maintenant, étape par étape. Je veux célébrer le fait de prendre de la place et de se sentir invincible dans son corps tel qu’il est aujourd’hui. Il s’agit de poser juste pour apprécier l’étincelle dans ses propres yeux.

3. “L.L.L.” dégage une énergie très physique, presque corporelle. Comment traduis-tu le mouvement et l’effort dans la musique ?

Il faut littéralement mettre son corps dans le micro. Pendant les répétitions vocales, je faisais de l’exercice en même temps. Nous avons fait le choix conscient de garder les respirations lourdes et fatiguées dans le mix final au lieu de les supprimer. Nous avons aussi utilisé les sons acoustiques du métal comme élément de percussion. Le morceau est conçu pour accélérer le rythme cardiaque, et le visuel pour donner envie de bouger.

4. Ton projet “Secret Selfies” est annoncé comme un EP conceptuel. Quel fil relie les morceaux ?

Si “Lift Lift Lick It” est la porte d’entrée lumineuse et sucrée, le reste de l’EP explore ce qui se passe quand on descend au sous-sol. C’est une vision cinématographique des instantanés privés et non filtrés de l’esprit humain, écrits à partir du vécu. Les prochains titres abordent l’épuisement des relations modernes, le burn-out mental et les traumatismes, avant de se conclure par une berceuse très intime. Le fil conducteur reste cette production club industrielle et métallique, ainsi qu’une identité visuelle commune à chaque “selfie”.

5. Tu es à la fois artiste, directrice créative et financeuse de ton projet. Qu’est-ce que cette indépendance apporte à ta vision ?

Une agilité totale… et une très longue liste de tâches. J’ai passé un mois à peindre à la main plusieurs couches d’acrylique sur des disques de musculation pour le décor. J’ai sélectionné vinyles, costumes, maquillage pailleté… J’ai travaillé avec une chorégraphe pour apprendre à des powerlifters à bouger de façon sensuelle. Pendant le tournage, mes sucettes géantes ne rentraient pas sur la barre. Comme j’étais à la fois réalisatrice et financeuse, je n’ai demandé l’avis de personne : j’ai décidé d’écraser les bonbons sur le métal à 100 images par seconde. L’indépendance permet de transformer les accidents en moments iconiques.

6. L’esthétique visuelle de “L.L.L.” — tulle fuchsia, peinture argentée, univers sucré — est très marquante. Quel rôle jouent les visuels ?

Les visuels ne sont pas secondaires, ils font partie intégrante de la sortie musicale. Je travaille comme directrice Marketing Tech, donc je sais à quel point le monde digital est saturé. J’ai planifié des vidéos courtes pour introduire le concept, mais tout n’était pas prévu : le tulle rose était un cadeau, la peinture argentée une façon de me sentir belle pendant une poussée de psoriasis. L’ensemble vise à capter l’attention et à faire entrer le public dans l’univers. Une fois dedans, la basse industrielle fait son effet.

7. Tes vidéos ont généré beaucoup d’engagement avant même la sortie du titre. Vois-tu désormais la musique comme une expérience globale ?

Absolument. En 2026, on ne peut plus simplement sortir un fichier audio. Je considère ce projet comme de la “pop sensorielle”. Je pense au son, mais aussi au mouvement, à la lumière, aux textures, et même aux odeurs. Voir l’enthousiasme mondial m’a rendue fière : cela prouve que nous avons tous besoin de plus de joie.

8. Ton travail rejette les récits traditionnels de transformation physique. Pourquoi ?

Ces récits sont épuisants et souvent commerciaux. J’ai perdu du poids et repris ma vie grâce au powerlifting, donc je sais que la force est un processus continu. Je ne suis pas “arrivée”, mais je ne voulais pas attendre d’être parfaite pour célébrer mon corps. Pourquoi attendre la fin du parcours pour vivre avec couleur et plaisir ? C’est ce que je veux transmettre à mes enfants.

9. Il y a un chaos ludique dans ta musique. Est-ce une revendication de liberté artistique ?

En tant que débutante, je ne connais pas toutes les règles — et c’est une force. C’est aussi une réaction à une pop devenue trop lisse et calculée. Je voulais ramener la rugosité, la friction et une énergie débridée sur le dancefloor. Ce chaos ludique rend la musique à la fois un peu dangereuse et très attirante. Et en réalité, “L.L.L.” est aussi un entraînement HIIT en musique. À suivre !

10. Si tu devais résumer l’expérience “Candy Gym” en une émotion ?

Une joie moite et assumée. Ressens-la maintenant.