Certains disques ne s’écoutent pas, ils s’infusent. Avec « Through Darkened Glass », pièce maîtresse de leur premier album Music for Mandrax, le duo pennsylvanien Magus — formé par Greg et Jessica Weeks — signe une entrée en matière magistrale. Véritable ode au chef-d’œuvre d’Ingmar Bergman, À travers le miroir, ce titre prolonge avec une rigueur spectrale l’esthétique gothique déjà esquissée par le single préliminaire « Exodus ».
Dès les premières mesures, l’atmosphère se fige. Le morceau déploie une nappe sonore où le rock psychédélique fusionne avec un proto-metal funéraire. On y retrouve l’influence de Black Sabbath, mais passée au filtre d’un Fender Rhodes mélancolique et de synthétiseurs hérités de l’école krautrock. La voix, habitée, semble narrer une chute libre dans les tréfonds de la psyché humaine, explorant ces luttes biologiques et philosophiques chères au groupe : la décomposition, l’isolement et la quête d’une vérité derrière le voile des apparences.
C’est une composition organique, presque tactile, qui refuse la facilité du refrain accrocheur pour privilégier une transe métronomique. Magus réussit ici le pari de transformer l’angoisse cinématographique en une expérience sonore immersive. Si « Exodus » nous avait entrouvert la porte d’un univers désolé, « Through Darkened Glass » nous précipite définitivement de l’autre côté du miroir, là où l’ombre devient lumière.
Un voyage introspectif d’une rare intensité, porté par la production de Language of Stone, qui s’annonce déjà comme un jalon incontournable du renouveau goth-psyché. Sans plus attendre, plongez dans cette bonne surprise ci-dessous :

