Il y a dans Taken by Surprise cette grâce rare, presque fragile, que l’on retrouve parfois à la première écoute d’un artiste qui semble avoir toujours existé dans l’univers musical, sans bruit ni éclat, mais avec une intensité douce. Pour son tout premier album, Meret Ester n’a pas cherché à impressionner. Elle a préféré toucher.
Tout commence par “Falling”, une minute suspendue, comme un battement de cils dans un rêve. Dès les premières notes, la voix de Meret, nue et sincère, nous entraîne dans un monde de figures imaginaires – un magicien mélancolique, un facteur timide, un astronaute hésitant – qui deviennent les messagers d’une humanité discrète, mais profonde. C’est “Postman”, premier véritable morceau, qui donne le ton : une balade folk aux lignes de guitare acoustique superbes, enveloppée d’une lumière douce, presque dorée. La voix de Meret y plane, posée, texturée, comme un murmure familier.
“Down The Road” n’est pas en reste. Il y a dans cette chanson une élégance limpide, une délicatesse dans la composition qui évoque les fins de journée d’été, quand le soleil s’attarde un peu plus longtemps. “Astronaut” poursuit dans cette veine : ici, le folk prend des allures d’apesanteur, aérien et intime à la fois.
L’album, né au Funkhaus de Berlin avec Brian Trahan, s’est ensuite façonné dans l’intimité du studio familial avec son frère Marvin, avant de trouver sa profondeur finale grâce au producteur turc Baran Göksu. Ce triangle créatif signe un projet cohérent, à la fois lo-fi, texturé, organique.
Il y a surtout cette capacité à créer des instants. “Cacoon” en est un : une minute trente de sérénité vocale, d’arrangements légers et raffinés. Et que dire de “Sweet Life”, dernière escale de ce voyage folk, où une flûte légère accompagne une Meret qu’on imagine chef d’orchestre, entourée d’instruments classiques entrant un à un avec la délicatesse d’un solo de jazz.
Avec Taken by Surprise, Meret Ester réussit ce que peu osent : offrir un premier album sans artifices, centré sur l’émotion. Un disque pour qui aime la musique comme un refuge.

