Avec MODUL8, la musique ne se contente pas de vivre — elle se dissèque, se reconstruit, puis renaît sous une forme imprévisible. Son nouvel album, Corpse Sonata Vol. II, s’impose comme une œuvre monumentale : 39 titres, plus de deux heures de matière brute, et une seule vision qui refuse toute concession.
Dès les premières secondes de “Scalpel The Seconds”, l’auditeur comprend qu’il entre dans un laboratoire sonore. Les basses, lourdes et suffocantes, s’entrelacent avec des percussions inspirées du boom bap, tandis que les 808 distordues glissent comme des ombres mécaniques. Cette fusion extrême — héritière du curbstep, ce langage hybride mêlant trap, phonk et dubstep — transforme chaque morceau en scène d’expérimentation rythmique.
Mais ce qui donne son âme au projet, c’est la performance vocale féminine, d’une précision presque inhumaine. Les flows accélèrent, s’effondrent, puis repartent dans des constructions syllabiques vertigineuses. Sur “Cadaver Curriculum” ou “Polysyllabic Warfare”, la voix devient instrument, machine et narration à la fois, repoussant les limites du souffle et du tempo.
L’album progresse comme un couloir sans fin. “Morgue Mechanics” évoque la répétition obsessionnelle du geste créatif, tandis que “Chapel Of Dead Beats” transforme le rythme en cérémonie sombre. Rien n’est laissé au hasard : chaque beat semble avoir été démonté, examiné, puis réassemblé avec une précision chirurgicale.
Avec Corpse Sonata Vol. II, MODUL8 confirme une chose : il ne compose pas simplement de la musique. Il construit des mondes. Et dans celui‑ci, le silence n’existe plus — seulement l’écho infini d’un esprit qui refuse de s’arrêter.

