Certains morceaux naissent d’accidents heureux, de ces instants de studio où l’indécision accouche d’une pépite. « Kyle Hangs Ten », le dernier single de Motherhood, appartient à cette catégorie. Exhumé des sessions de leur imposant album Thunder Perfect Mind (2025), ce titre s’impose comme bien plus qu’une simple chute de studio ; il est le versant nerveux d’une schizophrénie créative totalement assumée par le trio de Fredericton.
L’histoire de cette composition révèle une tension stylistique fascinante. Lors de l’enregistrement, le groupe n’arrivait pas à trancher sur le tempo. D’un côté, la lenteur crépusculaire d’un western spaghetti — devenue « Kyle Hangs at Noon » sur l’album — et de l’autre, cette décharge d’adrénaline pure. Sous l’impulsion de leur coproducteur Kyle Cunjak, le groupe a finalement choisi de ne pas choisir, offrant aujourd’hui cette version survitaminée.
Dès les premières secondes, l’auditeur est happé par une batterie frénétique, véritable piste de décollage pour une guitare évoquant un Dick Dale sous amphétamines. C’est du surf-rock, certes, mais mâtiné de cette rugosité punk et de ce « swaggy country » qui constituent l’ADN du groupe. La mélodie dérive rapidement vers un chaos contrôlé, évoquant autant l’urgence des bars sombres que l’écume de la côte Est.
Plus qu’une curiosité pour les fans, ce titre capture l’essence de Motherhood : une capacité rare à transformer une hésitation technique en une déflagration organique. Un morceau court, tranchant, qui prouve qu’un an après leur chef-d’œuvre, le trio n’a rien perdu de son mordant.

