Certaines rencontres musicales défient la logique pour mieux saisir l’époque. Avec son nouveau single « HOW WILL WE KNOW », Mr Bruce — l’ex-voltigeur des The Correspondents — signe une pièce maîtresse de son premier album solo, OK, attendu le 15 mai chez state51. Ce titre s’impose d’emblée comme un « hip-hop mélancolique rampant », une œuvre sombre et viscérale qui ausculte les fractures de notre monde.
Le morceau repose sur une ligne de basse magnétique et un piano épuré, fruit d’une collaboration étroite avec le producteur Angus Kemp. C’est pourtant l’invité du refrain qui surprend : la légende Brian Eno. Membre avec Mr Bruce du collectif activiste Hard Art, Eno a été si séduit par une première version du titre qu’il a proposé d’y chanter. Son intervention, précédée d’un fragment d’interview sur les bouleversements politiques actuels, apporte une profondeur quasi prophétique à l’ensemble.
Le final est magistralement assuré par Homeboy Sandman. Le rappeur du Queens, figure mythique et volontairement absente des réseaux sociaux, livre un couplet d’une précision chirurgicale, rappelant pourquoi des artistes comme Doja Cat le citent en référence absolue.
Accompagné d’un clip aux animations minimalistes dessinées à la main par Mr Bruce lui-même, ce titre transcende le simple format chanson. C’est un dialogue organique entre l’art, l’activisme et le chaos social. Une collision créative improbable, mais d’une pertinence rare, qui transforme l’angoisse collective en une catharsis sonore nécessaire.

