Le duo fraternel MYOON, composé d’Augustin et Charles, dévoile les coulisses de leur univers onirique à l’occasion de la sortie de leur nouvel EP Run With The Stars. Entre influences cinématographiques et textures électroniques, les deux artistes explorent la complémentarité de leurs parcours respectifs pour façonner une musique résolument tournée vers l’évasion. À travers cet échange, ils nous livrent une vision intime de leur processus créatif, où l’émotion pure guide chaque note et chaque silence.
1. Le nom MYOON est inspiré d’un mot japonais signifiant « son merveilleux ». Comment cette quête du merveilleux influence-t-elle votre manière de composer au quotidien ?
Pour nous, le mot « merveilleux » parle surtout d’émotion. On essaie de créer des morceaux qui font ressentir quelque chose de simple mais fort. Quand on compose, on cherche souvent un détail, une mélodie, une texture ou une ambiance qui donne une vraie sensation. On aime l’idée qu’une chanson puisse faire voyager, même de façon très simple.
2. Augustin, tu viens de la production home-studio et Charles, tu viens du monde de l’acting. Comment vos deux univers respectifs se nourrissent-ils pour créer l’identité visuelle et sonore de MYOON ?
Nos univers sont assez différents mais très complémentaires. Augustin est plus dans la construction sonore, les textures, la production, les détails qui créent une ambiance. Charles apporte davantage la narration, l’interprétation et la manière de raconter une émotion. L’acting influence beaucoup notre façon de penser les morceaux comme des scènes ou des moments de vie. On ne voit pas les chansons comme des titres isolés ; on les imagine souvent comme des images, des mouvements, presque comme des séquences de film. C’est probablement là que nos deux approches se rejoignent.
3. Votre EP Run With The Stars est sorti le 17 avril 2026. On y ressent une forte thématique de l’évasion et du mouvement. Quel a été le déclic pour choisir cette direction plus « cosmique » ?
Cette direction est venue assez naturellement. On traversait une période où on ressentait beaucoup le besoin de mouvement, de projection, d’aller vers quelque chose de plus lumineux. On avait envie d’un projet qui donne une sensation d’espace. Le côté cosmique n’est pas forcément lié à la science-fiction ; c’est davantage une manière de parler de distance, de rêves, d’élan, de ce qu’on poursuit sans toujours savoir exactement où ça nous mène.
4. L’EP est composé de trois titres vocaux et trois titres instrumentaux. Pourquoi ce choix d’équilibre ?
On aime autant raconter une histoire avec des paroles qu’avec une ambiance purement musicale. Les morceaux instrumentaux nous permettent de laisser plus d’espace à l’imagination de l’auditeur. Quand il n’y a pas de voix, chacun peut projeter ses propres images, ses souvenirs ou son ressenti. C’était important pour nous que l’EP respire et ne soit pas uniquement construit autour du format chanson classique.
5. Vous avez collaboré avec Julien Galner sur ce projet. Qu’a-t-il apporté à votre son par rapport à vos précédentes productions ?
Julien nous aide beaucoup à prendre du recul. Il apporte une vision très sensible sur l’équilibre émotionnel d’un morceau. Il sait quand garder quelque chose de brut, quand simplifier, quand pousser une idée plus loin. Avec lui, on cherche moins à impressionner qu’à créer une cohérence globale. Il a aussi participé à rendre le projet plus organique, plus direct émotionnellement.
6. On cite souvent Phoenix, M83 ou New Order pour décrire votre musique. Si vous deviez définir votre ADN sonore en trois instruments ou machines spécifiques, lesquels seraient-ce ?
Un synthé analogique type Prophet pour les textures chaleureuses et mélodiques. Une boîte à rythmes ou une programmation électronique assez simple mais très vivante. Et la voix, parce qu’elle reste souvent le point de départ émotionnel d’un morceau, même quand elle est traitée comme une texture.
7. Votre musique est décrite comme idéale pour les « late-night drives ». Quelle est, pour vous, la chanson ultime à écouter sur une autoroute déserte à 2h du matin ?
Cette question est très compliquée, car il y a beaucoup de musiques qu’on aimerait écouter dans ce genre de moment. Si on devait en choisir seulement deux, je pense qu’on choisirait :
« I. Flight of the Navigator » de Childish Gambino.
« Heaven » d’Arlo Parks — sorti récemment, et déjà l’un de ces morceaux qui s’imposent naturellement. Il y a quelque chose de suspendu dans ces deux morceaux. Ils nous donnent une sensation de solitude, de calme, mais aussi de mouvement intérieur. C’est ce genre de chansons qui transforme un trajet en moment presque cinématographique.
8. Travailler en fratrie peut être un défi ou une force immense. Comment gérez-vous les désaccords artistiques entre frères ?
On a appris avec le temps à accepter que les désaccords font partie du processus. Comme on se connaît depuis toujours, on peut être très directs, mais ça évite aussi beaucoup de faux-semblants. Souvent, celui qui ressent le plus fortement une idée finit par convaincre l’autre. On essaye surtout de rester au service du morceau plutôt que de l’ego.
9. Le titre Boom Boom mène ce projet vers une dimension très romantique et rythmée. Est-ce un avant-goût de la couleur de votre prochain album ?
Oui, probablement. Boom Boom représente une facette plus lumineuse et plus directe de MYOON. On aime les morceaux qui donnent envie de bouger tout en gardant une émotion sincère. Le prochain album ira sans doute encore plus loin dans ce mélange entre énergie, romantisme et textures électroniques.
10. Si MYOON devait composer la bande originale d’un film, quel genre de film ou quel réalisateur choisiriez-vous ?
On aimerait beaucoup travailler sur un film qui mélange intimité et poésie visuelle. Un réalisateur comme Sofia Coppola, Denis Villeneuve ou Xavier Dolan nous parlerait énormément, parce qu’ils savent créer des atmosphères très fortes sans en faire trop. On aime les films où la musique devient presque un personnage invisible. Pour nous, une bonne bande originale ne doit pas juste accompagner une image ; elle doit prolonger ce qu’on ressent quand la scène se termine.
Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site internet du duo : www.myoontheband.com
