Il est des enregistrements dont la valeur transcende la simple partition pour devenir un document historique. C’est précisément le cas de « As War Starts! », premier single foudroyant du collectif Shmeisani Jazz Massive. Ce morceau, pièce maîtresse d’un album éponyme audacieux, ne se contente pas de puiser dans les racines fertiles du jazz contemporain ; il en capture l’urgence vitale et l’instabilité profonde.
Le soir de son enregistrement, une tension indescriptible flottait dans l’air d’Amman. Alors que les musiciens posaient les premières notes, la région basculait dans l’abîme du conflit. Cette énergie lourde, faite d’incertitude et de gravité, imprègne chaque mesure de la composition. Le jeu, organique et vibrant, semble lutter contre une force invisible, traduisant l’angoisse d’une nuit où le destin d’un peuple a basculé.
La force de cette œuvre réside dans son final, d’un réalisme glaçant. Tandis que l’instrumentation s’étiole, la musique laisse place aux sirènes d’alerte aérienne. Ce son, devenu depuis une ponctuation tragique et familière du quotidien régional, clôt le morceau dans un silence assourdissant. Ce n’est plus seulement du jazz ; c’est le témoignage sonore d’un instant de bascule.
Sous la direction d’Archibald Gallet, le collectif livre ici une pièce viscérale qui rappelle que l’art ne se contente pas de refléter la vie : il en porte parfois les cicatrices les plus immédiates. Un morceau nécessaire, brut et profondément bouleversant, qui marque l’entrée fracassante de Shmeisani Jazz Massive sur la scène internationale.

