Certains projets frappent comme des météores, laissant une traînée lumineuse dans le paysage musical. REENTRY, le nouvel EP de Matthew O’Neill, appartient à cette lignée. Installé dans les Catskills, l’artiste américain façonne ici un territoire sonore où cohabitent rites, souvenirs enfouis et pulsations organiques. Ce n’est pas simplement un disque : c’est une traversée, presque un passage initiatique.
Dès les premières notes, l’univers se déploie sans précipitation. « Phoenix Birth Glimpse » agit comme une entrée en matière cérémonielle, entre crépitements d’un feu primordial et piano murmuré. On ne se trouve plus seulement devant une composition, mais face à une scène vivante, comme si une créature mythique — mi-ours, mi-volatile — se relevait des flammes pour réapprendre le monde.
Avec « In The Tissue », les textures liquides s’enroulent autour de nappes électroniques avant de s’embraser dans une tension libératrice. « Roots Drift » oppose une distorsion presque minérale à une pulsation méditative, tandis que « Night Beat in the Canyon » capture le souffle nocturne, les insectes, le vent, jusqu’à dissoudre les limites entre intérieur et extérieur.
L’instant le plus hanté reste « Ancestors Talk To Me », où la voix semble converser avec des présences anciennes. Puis vient « Dance Reintegrating Biostructure », qui transforme l’écoute en mouvement rituel, avant que « Your Ready Master » ne conclue l’EP dans une suspension presque cosmique.
O’Neill pousse l’expérience au-delà du son : il invite les auditeurs à écouter chez eux, une bougie allumée, comme on participe à une cérémonie. Avec REENTRY, il rappelle qu’un projet musical peut devenir un lieu de passage — et qu’en le quittant, quelque chose en nous a changé.

