Reetoxa : 10 questions sur le voyage épique du Soliloquy

Avec Soliloquy, Reetoxa signe une œuvre habitée, façonnée dans l’isolement et poussée jusqu’à ses limites les plus extrêmes. Entre urgence créative et introspection brute, l’artiste australien livre un projet où chaque note semble arrachée à l’expérience vécue. Dans cet entretien, il revient sur la genèse d’un album aussi éprouvant que profondément sincère.

Ton album Soliloquy est décrit comme une œuvre monumentale née d’un projet commencé en 1997. Comment expliques-tu une gestation aussi longue et ce besoin constant de te dépasser ?

Oui, cela fait très longtemps. Malheureusement, il n’existe pas de photos rock de moi jeune, mince et avec des cheveux — la vie en a décidé autrement. Mais j’ai vécu une existence riche, et aujourd’hui je puise dans cette expérience pour nourrir ma musique. Je me pousse constamment à mes limites pour créer le meilleur art possible, même si, dans la vie quotidienne, je suis plutôt quelqu’un de paresseux.

La pandémie de Covid-19 semble avoir joué un rôle décisif dans l’évolution du projet. Comment cette période d’isolement a-t-elle influencé ton écriture et ta vision artistique ?

Melbourne a été l’une des villes les plus confinées au monde. Vivant en centre-ville, j’ai vu mon univers disparaître du jour au lendemain. Seul avec mon chien dans un petit appartement, j’étais sur le point d’enregistrer mon premier album. Au lieu de retravailler mes démos, j’ai commencé à écrire sur ma vie. Sans distractions, je vivais avec trois heures de sommeil, des cigarettes et du café. Cette immersion totale m’a conduit à l’hôpital pendant six semaines, mais je suis extrêmement fier de l’album et même des nombreux morceaux restés de côté.

Tu décris un processus créatif intense, presque extrême. Comment as-tu vécu cette immersion totale dans ton propre univers ?

Je me suis poussé tellement loin que j’ai développé une psychose : voix, hallucinations, paranoïa. Je savais que j’avais besoin d’aide, mais je continuais à écrire. Finalement, c’est devenu insupportable et j’ai appelé les urgences.

Soliloquy est présenté comme un voyage émotionnel complet. Quelles émotions voulais-tu absolument capturer ?

Je voulais surtout transmettre une vérité brute et encourager les gens à affronter leurs propres luttes. Le système de santé mentale en Australie est défaillant, et les hommes ne sont pas encouragés à exprimer leurs émotions. J’espérais inspirer un changement, même si je constate que ce problème est mondial.

La présence d’un orchestre européen sur plusieurs titres apporte une dimension épique. Pourquoi ce choix ?

C’est mon producteur Simon Moro qui m’a suggéré cette idée. Pour un artiste indépendant, c’était inimaginable. C’était coûteux, mais entendre un orchestre jouer mes morceaux a été une expérience bouleversante.

Ta rencontre avec le producteur Simon Moro semble déterminante. Comment cette collaboration s’est-elle construite ?

Je l’ai rencontré après avoir écrit Alcohol 2 et Humbug. Il m’a expliqué qu’un producteur pouvait construire autour de mes idées. Il m’a fallu du temps pour l’intégrer, mais quand j’ai été prêt, j’ai su que c’était lui. Je suis quelqu’un de très spirituel, et je pense que notre rencontre n’était pas un hasard.

Après 30 ans d’écriture, comment décrirais-tu l’évolution de ton approche de la composition ?

J’ai commencé en écrivant dans des journaux. Aujourd’hui, j’utilise mon iPhone pour capturer chaque idée. J’ai entraîné mon subconscient à être constamment à l’affût. L’inspiration peut venir en jouant de la guitare, mais aussi au réveil, entre rêve et réalité.

L’histoire autour du Forum Theatre et cette rencontre marquante semblent être un tournant. Cela a-t-il changé ton rapport à la musique ?

Oui. Au lieu de parler à Lisa, qui correspondait parfaitement à mon idéal, je me suis concentré sur une chanson qu’elle m’inspirait. J’étais gêné d’être étudiant à 40 ans. J’ai compris que je devais être dans un groupe pour que les gens comprennent qui je suis vraiment. Elle m’a profondément marqué.

Tu invites les auditeurs à écouter l’album dans son intégralité. Est-ce une manière de résister à l’ère des playlists ?

Avant de sortir ma musique, je détestais le streaming. Je collectionne les CD et les vinyles, et pour moi un album s’écoute dans son ensemble. Mais aujourd’hui, voir des auditeurs du monde entier en temps réel me fascine. Les playlists et les algorithmes m’intriguent, et je pense que cet accès total à la musique peut former de meilleurs artistes.

Enfin, avec un projet aussi ambitieux, quel héritage souhaites-tu laisser avec Reetoxa et cet album ?

J’espère que Reetoxa deviendra un projet viable qui me permettra de tourner et d’en vivre, même modestement. Et surtout, j’aimerais que cet album soit reconnu comme l’un des grands disques indépendants australiens, voire au niveau mondial.