Rock, Tanbi et mystère : 10 questions à Yubiningyou

À la frontière du silence et de la beauté, Yubiningyou façonne un univers où la musique devient rituel et la scène, un espace de dépouillement. Porté par une esthétique Tanbi profondément ancrée dans la culture gothique japonaise, le groupe revendique l’image de « poupées vivantes » : des corps sans ego, offerts à l’absolu de l’art. Avec 秘密 Himitsu, Yubiningyou explore une rencontre singulière entre rock symphonique et chanson française, mêlant retenue émotionnelle, théâtralité et tensions intérieures. À travers ces 10 questions, le groupe revient sur son identité, ses influences et sa volonté de faire dialoguer tradition japonaise et modernité dans un langage musical résolument universel.

1. YUBI, pouvez-vous nous parler de l’origine du nom « Yubiningyou » et du concept de « poupées vivantes » qui définit votre groupe ?


L’origine du nom du groupe vient de « Yuibi » (l’esthétisme).
Nous croyons qu’un être humain qui se produit sur scène est quelqu’un qui abandonne son ego et consacre corps et âme à l’existence que l’on appelle « la Beauté ».
Une poupée ne possède pas d’ego. C’est précisément grâce à cette innocence qu’elle porte en elle une universalité qui transcende les époques et les cultures.
Pour un être humain, doté de la vie, tenter de se rapprocher d’un état dépourvu d’ego : c’est cela devenir une poupée.

2. Votre dernier single, 秘密 Himitsu, mêle rock symphonique et chanson française. En quoi votre collaboration avec Hideo Shimamura a-t-elle influencé cette fusion des genres ?


Le parcours de notre compositeur, Hideo Shimamura, est profondément lié à la chanson française. Ayant un parent chanteur de chanson, il a été naturellement en contact avec cette culture dès son plus jeune âge.
Le rock symphonique, avec sa résonance moderne, se superpose à cette base. Nous avons le sentiment que cette rencontre fusionne à un niveau très élevé avec l’étrangeté et les aspects sombres propres à Yubiningyou.

3. La scène gothique et la sous-culture « Tanbi » sont centrales dans votre esthétique. Qu’est-ce qui vous attire dans ces univers sombres et artistiques ?


C’est parce qu’ils contiennent en eux une « universalité ».

4. De nombreux groupes japonais adoptent un style lumineux et kawaii. Pourquoi avoir choisi une approche plus sombre et théâtrale ?


Le « kawaii » évolue avec son époque et finit par être consommé. En revanche, l’approche sombre et théâtrale que nous concevons est plus à même d’exprimer l’universalité.

5. Votre son s’inspire de groupes de Gothic Metal, d’Evanescence à BABYMETAL. Comment parvenez-vous à fusionner ces influences occidentales avec les traditions musicales japonaises ?


Nous maintenons un équilibre singulier en superposant l’esprit du Gothic Metal — sa lourdeur et sa beauté stylistique — aux sensibilités japonaises : l’obscurité, la retenue et le silence. Cela se relie également au concept japonais du « Zen ».

6. Himitsu explore le contraste entre une apparence froide et des émotions dissimulées. Comment cette dualité se reflète-t-elle dans votre interprétation vocale ?


Nous privilégions d’abord la retenue plutôt que l’expression émotionnelle directe. L’apparence froide et ordonnée est exprimée en éliminant autant que possible le souffle et le vibrato.
En revanche, nous osons laisser transparaître un léger tremblement, une émotion qui affleure profondément dans les phrases.
La relation entre « ne pas libérer » et « ne pas pouvoir dissimuler entièrement » constitue la dualité de cette chanson et le cœur même de notre expression vocale.

7. Les visuels et l’esthétique jouent un rôle clé dans votre univers. Comment concevez-vous le lien entre l’image et la musique ?


Les éléments de l’esthétisme (Tanbi) et du style gothique sont comme un langage nécessaire pour établir l’existence de ces poupées silencieuses.
Nous considérons les costumes et les visuels comme des dispositifs narratifs. Plutôt que d’expliquer avec des mots, nous esquissons les émotions à travers l’atmosphère et les textures.

8. Le terme « Modern Japanese Chanson-Rock » décrit votre style unique. Comment définiriez-vous ce genre à quelqu’un qui n’a jamais entendu votre musique ?


C’est une musique qui chérit l’esprit narratif et mélodique de la chanson, du rock moderne, ainsi que la résonance spécifique et le « Ma » (l’espace, la pause) propres à la langue japonaise.

9. Votre objectif est de faire découvrir la culture gothique japonaise au monde. Comment les fans internationaux réagissent-ils à ce mélange de tradition et de modernité ?


L’acte de fusionner tradition et modernité, de les faire coexister, est simultanément un acte par lequel elles se détruisent mutuellement.
Nous pensons que les fans internationaux apprécient l’étrangeté de jeunes filles japonaises accomplissant cela comme une forme de « désaccord » ou de dissonance intrigante.

10. Quels sont les projets futurs de Yubiningyou, tant sur le plan musical que visuel, et comment comptez-vous continuer à surprendre votre public ?


L’expression de Yubiningyou ressemble à une peinture réalisée sur un seul grain de riz.
Il existe un univers dans l’infiniment petit, et au sein de cet univers microscopique, un autre univers encore.
Nous espérons que la superposition de la quiétude japonaise et du « Yohaku » (l’espace vide) engendrera de nouvelles surprises.
Être une poupée tout en restant un être humain vivant : en continuant de montrer cette frontière, le monde spirituel de Yubiningyou s’élève dans l’imagination du public. Voilà notre idéal.