Avec Forever Elsewhere, son nouvel album, Samer Fanek franchit un cap artistique et émotionnel. Le compositeur et pianiste d’origine jordano-polonaise nous livre un projet profondément intime, conçu comme un miroir de ses propres luttes intérieures. Ce disque, pensé d’abord dans la retenue, se transforme en une déclaration de sincérité : Fanek a choisi de partager ses doutes, ses moments de stagnation et cette impression d’être « ailleurs pour toujours », tout en maintenant une lumière d’espoir.
Dès les premières notes du titre éponyme, on perçoit une clarté fragile, presque naïve. Le piano, maître d’œuvre, se déploie dans un crescendo où les cordes viennent se poser avec majesté. L’auditeur se retrouve happé dans une atmosphère à la fois mélancolique et apaisante, comme si Fanek cherchait à apprivoiser ses propres tempêtes intérieures.
L’album, qui compte dix morceaux, se parcourt comme un carnet de confidences instrumentales. Glass Half Empty distille une douceur mélancolique où l’on se laisse porter par une batterie discrète, en retrait, qui laisse le piano respirer. Fleeting Struggle, plus dramatique, installe une tension proche d’une bande originale de film : violons en arrière-plan, piano en guide, et une orchestration riche qui flirte avec le rock. Avec Caught in Circles, Fanek propose une ballade pop sans paroles, relevée par un solo de trompette inattendu, comme un pont entre tradition classique et modernité. Plus loin, Endlessly Lost ralentit le temps, installe une humeur feutrée, idéale pour les instants de solitude matinale ou les soirées méditatives.
Le projet se referme sur One Last Try, une conclusion qui synthétise les thèmes de l’album : la lutte, l’incertitude, mais aussi la persévérance. Ce dernier morceau agit comme une respiration finale, un rappel que même dans les moments d’égarement, il reste toujours une tentative possible.
Avec Forever Elsewhere, Samer Fanek confirme son talent pour transformer la vulnérabilité en musique. Son piano, soutenu par des cordes, des percussions et quelques touches rock, devient un langage universel. Plus qu’un album instrumental, c’est une conversation intime avec l’auditeur, un compagnon discret pour les jours de doute, un appel à continuer d’espérer même quand le chemin semble s’assombrir.

