Cinq ans après son premier opus, Sargassi — le projet solo de l’Italien Gabriele Martelloni — revient avec « Va’ dove t’importa, cuore », une œuvre dense qui bouscule le paysage rock indépendant transalpin. Loin des certitudes pop, cet album se déploie comme une carte géographique des sentiments bruts, oscillant entre ironie salvatrice et mélancolie viscérale.
Dès l’ouverture, « Non esisti neanche », le ton est donné : un voyage poétique où l’absence devient tangible, portée par des guitares suspendues. L’auditeur plonge immédiatement dans cette dualité qui fait la force du disque. Sargassi excelle dans l’art de dépeindre nos contradictions, notamment dans « L’ora d’aria », un titre rock tendu explorant ces prigioni interiori amoureux dont on ne s’évade jamais totalement.
L’album brille par son honnêteté désarmante. « Colpa dei Cure », clin d’œil malicieux à Robert Smith, transforme la désillusion en un hymne pop-rock mémorable, tandis que « Vedi di star male » ose l’« anti-ballade » en exposant le rancœur sans fard. Dans « Lo stallo » et « Maginot », Sargassi explore l’immobilisme et les mécanismes de défense, utilisant les riffs comme des métaphores de la tentation et de la reddition.
Le sommet émotionnel est atteint avec « Arsenali », une implosion rock catartique, et « Ologramma », dialogue poignant avec une présence évanescente. L’album s’achève poétiquement par « La funicolare », où l’ukulele guide une quête de légèreté. « Va’ dove t’importa, cuore » est une œuvre organique et nécessaire, une invitation viscérale à accepter nos failles pour mieux nous retrouver.

