Avec Bla bla bla (Cha Cha Cha), Sehore transforme le bavardage en matière première musicale. Derrière ce titre faussement léger, le groupe espagnol d’avant-garde signe une véritable expérience sensorielle où le mot s’efface pour laisser place au souffle, à la pulsation et au jeu. Rien d’anodin pourtant : répéter “bla bla bla” n’est pas ici une coquetterie, mais une interrogation sur la parole elle-même — sa vacuité, son pouvoir et sa musicalité.
Enregistrée au studio Paco Loco et masterisée par Mario G. Alberni à Kadifornia, la chanson dégage une précision presque mathématique sous son allure désinvolte. Les guitares pop-rock se mêlent à un groove chaloupé de cha-cha-cha, dessinant une spirale sonore entre ironie et transcendance. À chaque mesure, Sehore tisse un dialogue entre le corps et l’esprit, entre le rythme et la réflexion.
Fidèle à son goût pour l’expérimental, le groupe réussit le pari de rendre dansant un questionnement philosophique inspiré de la speech act theory et de la notion médiévale de flatus vocis — ces mots considérés comme de simples souffles. C’est toute la beauté de Bla bla bla (Cha Cha Cha) : faire du langage un instrument, une texture, un terrain de jeu où le sens se construit dans la répétition.
Le morceau, extrait de l’album Husfikbur, a déjà valu à Sehore une médaille de bronze aux Global Music Awards 2025, masterisé par Mario G. Alberni. Une reconnaissance méritée pour une œuvre qui défie les cadres sans jamais perdre sa chaleur. Parce qu’au fond, ce “bla bla bla” dit tout : il moque le vide des discours tout en célébrant la beauté du son pur. Entre ironie et grâce, Sehore prouve qu’il suffit parfois d’un souffle pour redéfinir le langage musical.

