Dans un climat où les frontières stylistiques s’effacent, l’artiste ghanéen basé à Berlin Selassie impose avec “Mamas Boi” un tempo à la fois familier et inattendu. Tiré de l’EP RETRO FUTURE KID — un projet qu’il conçoit « entre la naissance de ma fille et ses deux ans » comme une exploration de l’enfant intérieur — ce single se présente comme un miroir : de ce qu’il était, et de ce qu’il devient.
Musicalement, le morceau tisse un pont audacieux entre hip‑hop/rap et textures soul/jazz : le saxophone de Darius Mick souffle un vent vintage, la guitare subtile de Tim Granbacka glisse en filigrane, et la voix de Selassie, fluide et posée, déclame ce récit de filiation et d’émancipation. On y perçoit l’enfant de Dansoman, Ghana, aujourd’hui métamorphosé par la vie européenne — mais jamais déconnecté de ses racines.
Le clip qui accompagne “Mamas Boi” prolonge cette dynamique introspective : images en demi-teintes, jeux d’ombre et de lumière, instants suspendus. On y lit la gratitude envers celle qui fut « maman », mais aussi la détermination de l’homme qui bâtit, pas à pas, un territoire sonore et identitaire. Le visuel ne surfe pas sur l’effet, il accompagne, il creuse.
Au cœur de RETRO FUTURE KID, “Mamas Boi” tient la place du témoin : témoin d’un passé, d’un présent, d’un devenir. L’EP débute avec la tonalité kaleïdoscopique de « Flower Boyz », glisse vers l’émotion feutrée de “Mamas Boi”, puis se referme en douceur. Ce format condensé — huit titres, environ dix‑sept minutes — oblige chaque morceau à jouer son rôle, et ici, Selassie choisit la sincérité.
“Mamas Boi” incarne un moment de transition : l’enfant regarde derrière pour mieux avancer, et l’adulte réalise que la trace laissée par la mère et l’enfance n’est ni fardeau ni décor, mais moteur. Une chronique qui fait sens, et qui résonne.

