Certaines œuvres secouent autant qu’elles touchent. Avec Mangy Mutt Productions Presents: The Unresolvable Disillusionment Of Matthew David Bowman, le songwriter australien Mangy Mutt choisit clairement la seconde voie. Originaire de Newcastle, il propose un EP de cinq titres qui ressemble à un carnet humide retrouvé au fond d’une poche : pages froissées, pensées désordonnées, vérités à demi murmurées.
Enregistré et produit par Gareth Hudson au Hazy Cosmic Jive Studio, le projet atteint une densité cinématographique tout en conservant ce grain “mangy”, râpeux, presque effiloché, signature de l’artiste. Les années de poésie et les combats intérieurs de Mangy Mutt transparaissent dans chaque morceau, donnant à l’ensemble une force narrative singulière.
L’ouverture, “Old Familar Game”, impose immédiatement le ton. Les lignes de guitare électrique, délicates mais affirmées, installent une alternative rock habitée, traversée par des inflexions blues. Les solos, d’une beauté nerveuse, élèvent le morceau sans jamais trahir sa fragilité.
En contraste, “Not Even Love Stayed” s’avance piano‑voix, dans une nudité désarmante. Les accords familiers rendent la ballade accessible, mais l’émotion, elle, reste brute.
“Count Your Blessings”, quant à lui, se détache comme un single à fort potentiel, porté par une lumière folk‑pop plus ouverte, presque consolatrice.
Mangy Mutt ne prétend pas tout comprendre du personnage qu’il dépeint. Il explore, il doute, il expose. Et dans cette dissonance assumée, il signe un EP profondément humain, où la désillusion devient matière artistique.

