Avec « Truman », Steven Bamidele poursuit son chemin singulier dans le paysage de la néo-soul britannique. Le chanteur et producteur d’origine nigériane, déjà remarqué pour ses compositions empreintes de délicatesse, s’attaque cette fois à un thème aussi contemporain qu’universel : la surveillance permanente de nos vies à travers les réseaux sociaux. En filigrane, l’ombre du film The Truman Show sert de métaphore à cette époque où l’intime se brouille avec l’exposition publique.
Musicalement, le morceau s’impose par sa concision : un peu moins de trois minutes où chaque seconde semble pesée, calculée, mais jamais figée. La rythmique rapide, autour de 172 BPM, contraste avec la mélancolie de la tonalité choisie. Ce paradoxe insuffle une tension subtile qui maintient l’auditeur suspendu entre urgence et introspection.
Là où « Truman » captive surtout, c’est dans ses lignes de chant. La voix de Bamidele, claire et enveloppante, trouve un équilibre rare : intimiste tout en restant puissante, fragile sans jamais faillir. Elle se pose sur des mélodies fluides, d’une grande précision, qui rappellent à quel point l’artiste maîtrise l’art de la nuance. Les accents R&B qui se glissent dans la structure viennent ajouter une chaleur immédiate à cette trame néo-soul.
En moins de trois minutes, Steven Bamidele réussit à délivrer un titre qui résonne comme un miroir de notre époque : beau, dense et lucide. Une chanson courte mais marquante, qui s’écoute autant qu’elle se contemple.

