Quand la nuit tombe sur Peckham, au sud de Londres, quelque chose chante en silence. C’est Tara Lily, artiste britanno-bengalie née à la fin des années 90, qui mêle jazz, électronique, trip-hop et inspirations indiennes pour sonder les blessures intimes, les secrets et les vérités qu’on préfère taire. Son premier album, Speak In The Dark, sorti à l’automne 2024, marque un tournant : il dévoile un univers unique et traduit avec acuité un parcours, un héritage, une quête personnelle entre Londres et l’Asie, entre ombres mentales et lumière créative.
Dès l’intro de l’album, l’auditeur est plongé dans un rituel sonore : drones, souffle de piano et murmures vocaux, comme les prémices d’un voyage intérieur. Puis vient l’ouragan : sur « Double Time », Tara fait exploser le calme avec une drum’n’bass nerveuse et hypnotique, un rythme primal qui semble défier l’apathie. Mais elle sait aussi revenir à l’intimité : dans « 6 Feet Down », trompette et saxophone viennent sublimer une émotion fragile, un cri silencieux de peine et de nostalgie. Entre ces extrêmes, des morceaux comme « Breathe Now » et « Like The Ocean » oscillent entre jungle et jazz, anglais et bengali, tradition et modernité, explorant la mémoire et le déracinement. South Bombay tourne quant à lui en spirale psychédélique, reliant Londres et Mumbai, nostalgie et pulsion.
Sous ces textures sonores, Speak In The Dark est d’abord un album de vérités enfouies. Tara Lily y parle des secrets, des anxiétés, des désirs et des pertes, mais aussi de son rapport à l’ADHD, diagnostiqué à 15 ans. Chaque morceau devient un exutoire, un moyen de transformer les hauts et les bas de sa vie en musique intense et émotive, née souvent de ses voyages en Inde, au Népal ou dans les clubs de jazz londoniens.
Fille d’un père musicien bengali et d’une mère chanteuse punk, Tara Lily grandit entre héritage ancestral et fracas urbain londonien. Formée au conservatoire, elle aurait pu suivre la voie académique classique, mais c’est dans les nuits de Londres, les clubs, et les explorations sonores qu’elle forge sa singularité. Son art est un pont entre cultures et mémoires, une invitation à la complexité et à l’ouverture.
Tara Lily est une voix rare, imprévisible, fragile et puissante à la fois. Son univers mêle héritages, genres, douleurs et beauté, et ose aborder l’identité, la mémoire et la souffrance avec sincérité. Sa musique — sombre, lumineuse, profonde — invite à l’introspection, à l’évasion et à la connexion. Mettre Tara Lily sur Radar, c’est offrir à tes lecteurs la découverte d’une artiste dont la musique respire et vous emporte dès les premières mesures.

