Avec 1995, Taroug signe une pièce profondément introspective, où l’électronique devient un terrain de mémoire et de transmission. Le morceau s’inscrit dans Chott, un album façonné par les paysages et les souvenirs d’enfance de l’artiste en Tunisie, et tire sa force d’un équilibre subtil entre intimité personnelle et écriture sonore contemporaine.
Dès les premières secondes, 1995 installe une atmosphère feutrée, presque suspendue. La production se déploie par strates successives, laissant émerger des textures chaudes et des fragments vocaux issus du cercle familial de Taroug. Ces voix, intégrées sans artifice, ne cherchent pas l’effet : elles agissent comme des repères émotionnels, ancrant la composition dans une réalité vécue.
L’album Chott, nommé d’après le célèbre lac salé du sud tunisien, explore des contrastes marqués. On y retrouve des passages minimalistes et mélancoliques, mais aussi des moments plus bruts, nourris de percussions et de matières électroniques denses. 1995 se situe à la croisée de ces tensions, évoquant à la fois la douceur du souvenir et la rudesse du climat, la nostalgie et la persistance.
Plus qu’un simple morceau, 1995 fonctionne comme un espace de résonance. Taroug y dessine une cartographie sensible de son héritage, sans folklore ni nostalgie appuyée, laissant la musique parler d’elle-même, avec retenue et justesse.

