Le duo The Shrubs dévoile les coulisses de leur nouveau single, « Let Us In », un morceau qui explore avec nostalgie la complexité de la condition humaine. Entre l’utilisation délibérée de techniques d’enregistrement vintage et une réflexion sociale ancrée dans leur environnement texan, ils nous livrent une vision sincère de leur processus créatif. Plongée dans l’univers d’un groupe qui refuse de choisir entre l’émotion du passé et les exigences du présent.
1. Votre nouveau single « Let Us In » évoque une nostalgie pour une expérience qui n’a jamais eu lieu. Comment avez-vous façonné ce sentiment paradoxal ?
C’est un peu difficile à décrire. Une partie peut être attribuée à l’ambiance des paroles et à la mélodie vocale sur une musique plutôt entraînante, mais je pense qu’une grande part de ce sentiment vient de nos personnalités. À des degrés divers, cela se retrouve dans le travail de nombreux artistes. Sophie a tendance à être plus optimiste, et je peux être assez mélancolique, du moins parfois !
2. Le morceau explore des thèmes liés à la santé mentale et à la perception qu’en a la société. Pourquoi était-il important pour vous d’aborder ce sujet maintenant ?
Je pense que le concept vient d’un souvenir de cours de sociologie à l’université, une citation : « On peut juger du niveau de développement d’une société à la manière dont elle traite les moins fortunés ». Malgré toutes nos avancées technologiques, nous ne sommes pas plus avancés en tant que société que nous ne l’avons jamais été. Nous devrions prendre soin de notre « tribu », mais il semble que nous laissions une grande partie d’entre elle à son propre sort.
3. Miguel, vous mentionnez la tendance à étiqueter rapidement les gens. Pensez-vous que la musique puisse aider à remettre en question ces réflexes ?
Je pense que oui, dans une certaine mesure, si les gens sont prêts à évoluer. Sinatra, les Beatles, David Bowie et Kurt Cobain ont tous été très virulents contre le racisme ou l’homophobie. Je crois que si vous réussissez à atteindre ne serait-ce qu’une seule personne pour lui donner matière à réfléchir avant de juger autrui, vous avez contribué à rendre sa vie un peu meilleure, et cela vaut toujours la peine d’essayer.
4. Votre son mélange une forte esthétique analogique et des techniques de production modernes. Comment trouvez-vous cet équilibre ?
C’est par nécessité ! S’il y avait plus de moyens de distribuer notre musique dans un format purement analogique, nous le ferions, mais ces voies semblent avoir disparu. Il y a une certaine « profondeur » dans le son que je n’arrive à obtenir que par l’enregistrement analogique. Je préfère les vieux albums, car les groupes vintage avaient la liberté de façonner leur propre timbre, alors que beaucoup de groupes modernes semblent sortir du même studio avec le même producteur ! Mais j’apprécie aussi les arrangements modernes.
5. Vous avez utilisé des machines à bande vieilles de plusieurs décennies. Quelle texture émotionnelle apportent-elles ?
Elles apportent une imprévisibilité tangible ! Au-delà de la saturation et de la compression, la bande vous force à planifier le morceau dans sa globalité. Cela crée une « concentration » particulière ; le morceau devient une entité complète, et je pense que cette attention se ressent à un niveau émotionnel.
6. La création de « Let Us In » a pris plus d’un an. Ce processus lent a-t-il influencé la profondeur du morceau ?
Absolument. Il y a beaucoup de couches enfouies, pas forcément destinées à être entendues consciemment, mais « ressenties ». Par exemple, à la toute fin, on peut entendre un violoncelle très grave qui joue un motif en boucle. La plupart des gens ne le remarqueront pas, mais ils le ressentiront.
7. Vous avez décrit l’enregistrement analogique comme un instrument en soi. Pouvez-vous donner un exemple concret ?
Sur le solo de guitare, le magnétophone à cassette que j’utilisais n’arrivait pas à maintenir une vitesse stable, probablement à cause d’un moteur vieillissant, ce qui fait légèrement sonner le solo « faux ». Cela ajoute un élément d’instabilité qui indique à l’auditeur que « ce morceau est un peu différent ».
8. Malgré son message lourd, le morceau semble musicalement joyeux. Est-ce une manière délibérée de rendre le message plus accessible ?
Pas nécessairement, j’écris rarement avec l’accessibilité en tête. C’est davantage une réaction à nos travaux précédents. Je voulais changer notre son pour quelque chose de plus rapide, mais avec des paroles toujours un peu « décalées ».
9. Houston semble influencer votre écriture, notamment sur les questions sociales comme le sans-abrisme. Comment votre environnement façonne-t-il votre musique ?
Je n’aime pas particulièrement Houston, donc cela m’aide à m’isoler pour écrire. C’est une ville tentaculaire, axée sur le pétrole, construite sur un marécage de cupidité. Cette corruption semble omniprésente. Être en désaccord avec mon environnement donne à nos paroles un certain cynisme qui n’existerait probablement pas si je vivais dans un endroit que j’aime.
10. En tant que duo, que vous apporte cette dynamique actuelle ?
Il y a une direction plus claire. Avoir beaucoup de voix dans une pièce peut être épuisant pour mener un projet à bien. J’apprécie le travail de nos anciens membres, mais nous sommes désormais tournés vers l’avenir !
