Certaines reprises prolongent une émotion, d’autres la déplacent subtilement. Avec Unfucktheworld, There’s Talk s’inscrit dans cette seconde approche. Le trio de dream pop électronique originaire d’Oakland s’approprie le titre d’Angel Olsen sans jamais forcer le trait, préférant l’introspection à l’emphase. Le morceau se déploie comme une parenthèse contemplative, presque réparatrice, dans un paysage encore marqué par les secousses collectives des dernières années.
L’histoire du titre prend racine au début de la pandémie. Olivia Lee découvre alors la chanson dans un cadre solitaire, au piano, portée par un sentiment de désenchantement et d’isolement. Cette première version, volontairement dépouillée, imprime une tonalité émotionnelle forte, même lorsque le projet est mis en pause, éclaté par les déplacements du groupe à travers la Californie et la difficulté de se retrouver régulièrement.
Le morceau refait surface plusieurs mois plus tard dans le home studio d’Olivia. Kellen, Young et Olivia décident alors d’en explorer toutes les possibilités, échangeant idées et textures sur la durée. La production s’affine lentement, laissant émerger des synthés vaporeux, des guitares baignées de réverbération et une architecture sonore aérée, pensée pour laisser respirer chaque intention.
La voix d’Olivia Lee survole l’ensemble avec une justesse fragile, conservant la gravité du texte tout en l’inscrivant dans une douceur nouvelle. Finalisé à Los Angeles et sublimé au mixage par Beau Sorenson, Unfucktheworld devient une pièce immersive, à la fois intime et expansive. Plus qu’une reprise, le titre agit comme un miroir de l’évolution de There’s Talk. Dix années de collaboration, de distances et de transformations s’y entendent dans cette capacité assumée à créer du vide, du silence et de l’émotion.

