Quand VAAGUE dévoile « Modern Jazz ? », c’est un peu comme si un piano préparé, habituellement réservé aux salons feutrés ou aux improvisations jazz, s’échappait pour atterrir violemment sur un dancefloor — transformé en machine rythmique par la volonté de son créateur. Le morceau sonne comme le rêve effrayant d’un pianiste immobile, contraint à jouer sa propre tombe musicale. Ce contraste, au cœur de l’intention artistique, invite l’auditeur à une expérience troublante.
Pour y parvenir, VAAGUE a extrait des samples « maison » de piano préparé, les a glissés dans une MPC — un choix radical, qui place le piano non pas comme instrument mélodique traditionnel, mais comme élément percussif, rival des plus lourdes batteries. La mélodie n’émerge plus des touches, mais de percussions, tandis que la batterie impose le tempo : l’organique se mue en électron, l’instrument devient pulsation. Cette démarche, inspirée par l’univers sonore d’un artiste comme Aphex Twin, donne à « Modern Jazz ? » une étrangeté envoûtante — le piano tremble, le groove s’installe, le jazz se dissout dans l’électronique.
Mais au-delà de l’expérimentation, le titre s’inscrit dans la continuité de l’univers de VAAGUE, déjà exploré dans son précédent album. L’artiste confirme sa capacité à fusionner batterie acoustique, samples live et électronique, sans recourir à des boucles préenregistrées. Résultat : une musique organique, viscérale, à mi-chemin entre club-music, drum-and-bass, jungle et jazz.
Avec « Modern Jazz ? », c’est tout un manifeste artistique qui se dessine — l’affirmation qu’un piano, même préparé et transformé, peut devenir un moteur de transe. Que le jazz, loin de rester nostalgique ou contemplatif, peut se réinventer dans la pulsation, la boucle percussive, le souffle club. Ce titre est un pont entre l’ancien et le futur, entre la matière et le byte, et surtout, une invitation à repenser ce que « jazz » signifie aujourd’hui.

