Avec son EP éponyme, Vitto fait le choix du dépouillement et de la vérité. Compositeur, multi-instrumentiste et musicien de session originaire du Chili, l’artiste transgenre lance ici son projet solo avec une proposition claire : revenir à l’os de l’écriture, à la voix comme espace de narration, à la musique comme refuge. Enregistré en conditions live, en une seule prise, Vitto capte l’instant tel qu’il est, sans retouche ni masque.
Dès Song for Her, le ton est donné. Une guitare suspendue, une voix tenue, presque murmurée, qui avance sans chercher à séduire. Vitto écrit comme on confie, laissant les silences prolonger les phrases. Cette approche traverse l’ensemble du disque, moitié en anglais, moitié en espagnol, et structure un récit intime où l’amour et le deuil se répondent sans jamais s’opposer frontalement.
Sur Autoexilio, la guitare dessine des lignes fines et délicates, tandis que la voix semble chercher son propre point d’ancrage. Le morceau progresse avec retenue, porté par une émotion contenue qui évite toute dramatisation inutile. Plus loin, Barco Nuevo, Capitán Viejo referme l’EP avec une douceur lucide : une guitare sèche, une interprétation profondément touchante, et cette impression de reconstruction lente, patiente, presque silencieuse.
Produit avec les frères León à l’Estudio Bilbao, Vitto s’impose comme un geste cohérent et maîtrisé. Déjà reconnu à l’international pour son travail créatif, notamment récompensé à Cannes, Vitto affirme ici une identité musicale singulière. Une folk-country habitée, nourrie de blues et de spiritualité, qui réinterprète l’Americana depuis un point de vue chilien rarement entendu. Un disque court, mais dense, qui touche par sa sincérité nue et son sens du récit.

