Walking Illusion : l’instinct, l’émotion et la sincérité au cœur de “Crazy”

Avec “Crazy”, le projet Walking Illusion explore les zones troubles où le désir prend le dessus sur la raison. Entre textures acoustiques, atmosphères cinématographiques et sensualité assumée, l’artiste revient sur la naissance instinctive de ce morceau intense et personnel. Il évoque également sa collaboration avec Audrey Bouchard, son parcours depuis ISA920 et l’univers du prochain mini-album à venir.

1. Comment est née la chanson “Crazy” et quel a été le point de départ émotionnel de ce morceau ?

“Crazy” est née après une relation très brève, mais extrêmement intense, avec une personne qui sait aujourd’hui que cette chanson parle d’elle. La création s’est faite de manière très spontanée. J’ai d’abord entendu la mélodie du refrain dans ma tête avant de m’installer au clavier pour trouver la progression d’accords et la ligne de basse. Tout s’est construit très rapidement, directement porté par les émotions que je vivais à ce moment-là.

Les paroles du bridge sont arrivées en dernier, comme une forme de recul sur l’ensemble. Au final, “Crazy” reste une chanson très instinctive, profondément sincère et aussi très sensuelle à travers son contexte émotionnel et ses paroles.

2. “Crazy” parle du moment où l’on suit ses émotions plutôt que la raison. Pourquoi ce thème vous inspirait-il particulièrement à ce moment-là ?

Ce qui m’inspirait particulièrement, c’était justement cette idée de perdre un peu le contrôle émotionnellement. “Crazy” parle d’une attirance sexuelle très forte, presque addictive, où les émotions, le désir et l’instinct prennent parfois plus de place que la raison.

Les paroles sont assez assumées et sensuelles, parce que je ne voulais pas adoucir ce que je ressentais réellement à ce moment-là. Je trouvais plus honnête de laisser cette tension émotionnelle et physique exister naturellement dans la chanson plutôt que d’essayer de la cacher.

Je pense que c’est aussi ce qui donne à “Crazy” son côté intime et humain. Beaucoup de gens ont déjà vécu une connexion où l’on sait qu’il faudrait peut-être ralentir… mais où l’on décide malgré tout de se laisser emporter.

3. La voix d’Audrey Bouchard apporte une dimension très intime au titre. Comment s’est construite cette collaboration artistique ?

Audrey et moi sommes amis depuis longtemps. Nous avons travaillé ensemble au même endroit et fait partie du même groupe pendant plusieurs années. Nous savions déjà que nos voix fonctionnaient très bien ensemble, autant dans les harmonies que dans l’émotion.

Lorsque le projet ISA920 s’est terminé et qu’Isabelle Tétreault et moi avons pris des chemins artistiques différents, il est devenu naturel pour moi de penser à Audrey pour les nouvelles chansons de Walking Illusion.

Notre première collaboration a été “Long Gone Man”, puis “Crazy” est arrivée. Audrey apporte une interprétation très intime et naturelle. Sa voix est extrêmement juste et polyvalente, capable d’être puissante dans les tonalités plus élevées tout en restant douce, grave et chaleureuse lorsque la chanson l’exige.

4. Votre musique mélange textures acoustiques modernes, éléments électroniques subtils et atmosphères cinématographiques. Comment trouvez-vous l’équilibre entre ces différentes influences ?

Je pense que cela vient beaucoup de mon côté mélomane et du fait que j’écoute énormément de styles musicaux parfois complètement opposés. Cela influence naturellement ma manière de composer et de construire une chanson.

La plupart de mes morceaux naissent d’abord avec une guitare acoustique et une voix. C’est la base émotionnelle de la chanson. Ensuite, je construis progressivement autour de cela en ajoutant des éléments pour donner plus de caractère, d’ampleur ou une couleur unique au morceau.

L’intégration des textures électroniques et des ambiances cinématographiques se fait donc très graduellement. Je réfléchis beaucoup au dosage entre les éléments acoustiques et numériques afin de conserver un équilibre naturel et d’éviter une production surchargée.

5. Avant Walking Illusion, le projet était connu sous le nom ISA920. Que représente cette évolution artistique pour vous ?

Le projet ISA920 a représenté une immense période d’apprentissage pour moi. À l’époque, j’enregistrais surtout mes chansons pour ne pas les oublier, mais à force de créer des démos, j’ai commencé à comprendre les bases du métier d’ingénieur du son : l’EQ, la compression, les balances et le mixage. En parallèle de l’écriture, j’apprenais aussi à produire la musique.

Durant cette période, Isabelle Tétreault et moi avons été invités à interpréter cinq chansons à la Place des Arts. Nous étions les seuls artistes à présenter des compositions entièrement originales et la réaction du public a été extrêmement positive. Cela nous a donné la confiance nécessaire pour aller plus loin et enregistrer ces chansons dans un studio professionnel.

Après avoir composé une vingtaine de morceaux, nous en avons sélectionné onze afin de créer un album avec Yves Décary, ingénieur du son et mixeur du projet ISA920. J’ai été présent à chaque étape du processus et j’ai passé énormément de temps à observer et comprendre les techniques de studio.

Le studio était installé dans une vieille grange aménagée au cœur d’une érablière, à environ vingt minutes de chez moi. Chaque week-end, je faisais la route pour aller y enregistrer. L’endroit était incroyablement inspirant et apaisant. Passer mes fins de semaine dans ce studio perdu en pleine nature reste encore aujourd’hui l’une des plus belles périodes de ma vie.

Pour moi, ISA920 a été une école d’apprentissage essentielle et Walking Illusion représente aujourd’hui la continuité naturelle de cette évolution artistique et technique. L’album Something’s Calling demeure un projet dont je suis extrêmement fier.

6. Le morceau “Walking Illusion” avait marqué les esprits en restant plusieurs semaines dans le Top 100 ADISQ Anglo. Quel souvenir gardez-vous de cette période ?

Pour moi, c’était complètement nouveau d’entendre une de mes chansons à la radio. Je me souviens que des gens venaient parfois me voir pour me dire : « J’ai entendu ta chanson à tel endroit », et cela faisait toujours un drôle d’effet. Une fois, j’étais même à l’épicerie et j’ai entendu “Walking Illusion” dans les haut-parleurs du magasin. C’est un moment que je n’oublierai jamais.

À cette époque, je regardais souvent les statistiques et l’évolution des téléchargements radio. Voir différentes stations ajouter progressivement la chanson à leur programmation était fascinant. Ce n’étaient pas forcément les plus grandes radios commerciales, mais plusieurs stations indépendantes et régionales à travers le Québec et ailleurs au Canada ont diffusé “Walking Illusion” pendant un bon moment.

Je me souviens aussi qu’à un certain moment dans le Top 100, nous étions juste derrière les Backstreet Boys, et honnêtement, cela m’avait beaucoup fait sourire. Pour un projet indépendant comme le nôtre, c’était extrêmement encourageant.

7. Vous avez également composé la bande originale du documentaire “Rendez-vous à Srebrenica”. En quoi le travail pour l’image influence-t-il votre manière de composer ?

Composer pour un documentaire était quelque chose d’assez nouveau pour moi, parce que ma façon naturelle de créer a toujours été très spontanée. Habituellement, les chansons arrivent instinctivement : un refrain apparaît dans ma tête, je prends une guitare et je construis autour de cette émotion.

Avec la musique de film, le processus était différent. Au fur et à mesure du montage du documentaire, on m’envoyait des séquences et des images, et je composais à partir de celles-ci. Je me laissais guider par l’émotion des scènes et par l’atmosphère visuelle.

Comme “Rendez-vous à Srebrenica” est aussi un documentaire très personnel et en partie autobiographique, il m’était plus facile d’aller chercher des émotions profondes à travers les images.

Ce travail m’a également permis de progresser énormément sur le plan technique. J’ai appris à mieux maîtriser mes logiciels, mes VST, mes plugins et à approfondir mon travail de mixage et de production. La bande originale comprend 17 pièces instrumentales ainsi qu’une chanson thème interprétée par Audrey Bouchard, soit près d’un an de travail.

Aujourd’hui encore, cette expérience influence fortement ma manière de créer les ambiances musicales de Walking Illusion et le côté cinématographique de mes compositions.

8. En tant qu’auteur-compositeur et ingénieur du son, avez-vous une approche particulière de la production lorsque vous créez un morceau comme “Crazy” ?

“Crazy” s’est construite très naturellement, sans énormément de planification. Dès le départ, je savais cependant que je voulais lui donner une légère couleur rétro. J’écoute beaucoup de musique des années 80 et de disco, et cette influence se ressent surtout dans la ligne de basse, que je voulais très accrocheuse.

Je tenais aussi à doubler ma voix avec celle d’Audrey dans le refrain, parce que ce mélange apportait davantage d’émotion et de sensualité à la chanson.

Au niveau des percussions, je ne voulais pas une batterie classique. Je souhaitais un rythme simple avec un kick et un snare, mais accompagné d’éléments plus mécaniques et métalliques, presque inspirés de sons d’horloge. On l’entend particulièrement dans le bridge. Je cherchais vraiment à donner une couleur originale à la chanson.

Au final, mon objectif était de garder “Crazy” simple et efficace, avec une mélodie facile à retenir et à chanter rapidement, autant pour son aspect accrocheur que pour son énergie sensuelle et assumée.

9. “Crazy” est le premier extrait d’un mini-album de quatre titres à venir. Pouvez-vous nous donner quelques indices sur l’univers de ce projet ?

Pour les autres chansons, je n’ai pas changé la formule. Je continue d’explorer le mélange entre ma voix et celle d’Audrey, qui est devenu une partie importante de l’identité de Walking Illusion.

Les morceaux naissent encore presque toujours d’une guitare acoustique, puis des éléments plus atmosphériques et cinématographiques viennent progressivement s’ajouter autour de la chanson. Il faut aussi s’attendre à retrouver des mélodies vocales très accrocheuses, car j’ai toujours aimé les mélodies simples qui restent rapidement en tête.

Walking Illusion, c’est ce mélange entre quelque chose de très acoustique et humain, mais aussi des ambiances plus aériennes et cinématographiques, le tout dans des chansons courtes et directes.

La beauté de tout cela, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’échéancier précis. En ce moment, j’aide aussi des amis à produire leur propre album, j’enregistre des voix et des guitares pour eux, et j’ai également envie de revenir un peu à mes racines en faisant de la musique guitare-voix dans des groupes de reprises avec des amis.

Je suis constamment plongé dans un univers musical, mais sans obsession de produire à tout prix ou de sortir des chansons rapidement. Je préfère laisser les projets arriver naturellement, au bon moment. Cela dit, j’ai tout de même très hâte de faire découvrir la prochaine chanson de Walking Illusion, qui est déjà bien avancée au niveau de la production.

10. Walking Illusion semble placer la sensibilité humaine au centre de sa musique. Quel sentiment souhaitez-vous laisser aux auditeurs après l’écoute de vos chansons ?

En ce moment, ce qui m’inspire énormément, c’est la sensibilité humaine à travers les relations de couple, autant dans les bons moments que dans les plus difficiles. Ce sont des situations très chargées émotionnellement et cela me touche profondément dans ma vie personnelle comme dans mon écriture.

Même si les chansons partent souvent d’expériences très personnelles, ce que je trouve beau, c’est que ces émotions restent universelles. Les gens peuvent se reconnaître dans les textes, les ambiances ou certaines émotions vécues à travers la musique.

Je n’ai pas forcément un objectif précis lorsque je compose, à part créer quelque chose de sincère. Si les gens aiment ma musique, prennent plaisir à l’écouter et ressentent une émotion, quelle qu’elle soit, alors j’ai déjà accompli quelque chose d’important.