Avec Meaning Business, Wendy Eisenberg signe une chanson dense et troublante, pensée moins comme un single que comme un espace de confrontation. Composé peu après la mort de David Lynch, le morceau s’inscrit dans une double démarche : rendre hommage à une œuvre fondatrice et traverser un traumatisme personnel longtemps enfoui.
Dès ses premières secondes, Meaning Business installe une atmosphère suspendue, presque irréelle. Les accords avancent avec prudence, laissant planer un sentiment d’inquiétude diffuse. Eisenberg convoque ici l’imaginaire lynchien — Twin Peaks, Fire Walk With Me, The Return — non comme simple référence esthétique, mais comme un langage capable d’accueillir l’horreur psychique et la fragmentation de la mémoire.
Le texte s’articule autour d’une tentative de reconquête de l’enfance, marquée par un souvenir d’agression sexuelle. La répétition de « Find Laura » agit comme un motif central, renvoyant à Laura Palmer : figure d’innocence sacrifiée, prisonnière d’un secret. Chez Eisenberg, cette invocation devient un geste de libération, une façon de nommer l’indicible pour mieux le déplacer.
Artiste brooklynienne aux multiples facettes — improvisatrice, guitariste virtuose, compositrice exigeante — Eisenberg met ici sa technique en retrait. Le morceau privilégie la tension, les silences et les aspérités plutôt que la démonstration. Elle a décrit ce processus comme un « exorcisme personnel », né d’une période de confrontation intérieure profonde.
Sans pathos ni résolution facile, Meaning Business impose une écoute attentive. Une chanson qui n’apaise pas, mais éclaire — brièvement, crûment — ce qui persiste dans l’ombre.

