Dans le paysage saturé du rock indépendant, rares sont les disques qui osent une telle mise à nu. Avec leur nouvel EP, Strangers, le quartet de San Francisco, porté par le couple Erin Sydney et Jeremy Rosenblum, livre un journal intime gravé dans le larsen. Ici, la musique ne se contente pas de raconter une histoire ; elle documente les soubresauts d’un mariage naviguant dans les eaux troubles de la polyamorie.
L’urgence est le maître-mot de ce projet. Pour capturer cette électricité émotionnelle, le groupe s’est isolé dans les montagnes du Colorado, enregistrant l’essentiel des pistes en seulement quatre jours. Le résultat est organique, privilégiant la texture brute des amplis poussés à bout plutôt que la perfection clinique du studio. Cette authenticité se prolonge jusque dans l’intimité de leur chambre à coucher, où les voix et les guitares acoustiques ont été captées.
Le morceau-titre, « Strangers », impose d’emblée ce mélange de post-punk incisif et de mélodies indie rock rappelant les grandes heures des années 90. Entre la fougue des Breeders et la mélancolie de Sharon Van Etten, la voix de Sydney s’envole sur des riffs carillonnants. Les pépites ne manquent pas dans ce projet, on peut notamment citer « Helium » qui commence comme une ballade musicale avant de briller par une énergie contagieuse.
Pour la première fois, Erin Sydney prend part à la composition, offrant avec « Event Horizon » un exutoire à ses propres luttes. Strangers est plus qu’un disque : c’est un acte de résilience, une lettre d’amour inconditionnelle écrite au milieu du chaos.

