Avec Preludes, Cole Blouin signe un objet sonore rare, presque chamanique, où l’écoute n’est plus un simple geste musical, mais un passage. Cet EP — un projet de quatre titres — agit comme une fissure ouverte entre deux états de conscience, un espace où l’ombre se dépose et où l’oreille cherche, tâtonne, s’accroche.
Ce qui frappe d’abord, c’est la nouvelle méthode créative de Blouin. Après plusieurs années à ciseler chaque élément comme un orfèvre obsédé par le détail, il bascule ici dans un geste plus instinctif, presque fulgurant. Trois morceaux ont jailli en l’espace de quelques heures, comme si l’artiste avait enfin accepté de laisser la matière sonore dicter sa propre forme. Cette spontanéité se ressent : Preludes vibre, respire, se tord, sans jamais donner l’impression d’être prisonnier d’un cadre.
« First Descent (Glimpse) » ouvre le bal. C’est un gouffre, un point de non-retour. Le morceau agit comme une force gravitationnelle qui aspire tout — bruits filtrés, harmoniques saturées — créant la sensation d’une matière en fusion. On y sent le vertige d’une première plongée, la tension d’un territoire inconnu.
« Seraphim Megalith » poursuit la descente, dénué de pulsation rythmique. Ici, tout se joue dans la densité. Le son devient rituel, presque liturgique, sans jamais prononcer un mot. On avance comme dans un sanctuaire obscur.
Enfin, « Route 27 (Dream Fabric Abyss) » prend la forme d’un trajet nocturne qui se délite. Plus l’on progresse, plus la route semble s’effacer, avalée par le rêve. C’est une hallucination, un doute persistant.
Preludes n’est pas un disque qui accompagne. C’est un disque qui exige. Et il marque un artiste qui, au lieu de fuir le réel, ose l’affronter de front.

