Avec Watching The World Go By, Jernej Zoran poursuit son chemin singulier, celui d’un musicien qui préfère la circulation des émotions aux effets de manche. Septième album depuis 2012, ce nouveau chapitre confirme une écriture nourrie par les grands espaces du rock, de la pop et du blues, mais toujours recentrée autour d’un instrument-roi : la guitare, utilisée ici comme une véritable voix narrative.
Dès Take Off Your Mask, Zoran installe un climat de tension maîtrisée. Les riffs alternent entre éclats lumineux et zones plus ombrageuses, dessinant une ouverture qui refuse la facilité. La guitare s’y fait tantôt caresse, tantôt grondement, capable de passer d’une douceur presque féline à une énergie rugissante, sans jamais perdre son fil mélodique.
Le morceau éponyme, Watching The World Go By, agit comme le cœur émotionnel de l’album. Porté par des guitares spacieuses et une voix discrète, il installe une mélancolie contemplative, celle d’un regard posé sur le monde, à distance, mais sans indifférence. Cette capacité à capter l’intime se retrouve dans Tears of Orion, longue dérive aux accents cosmiques, où les textures s’étirent comme une jam nocturne, tandis que Angels With Broken Wings expose une émotion plus brute, presque à nu.
L’album se distingue également par sa fabrication éclatée. Guitares enregistrées en Slovénie, basse venue de Croatie, batterie captée en Louisiane, claviers majoritairement italiens, voix invitées des États-Unis et d’Afrique du Sud : Watching The World Go By est le fruit d’une collaboration transfrontalière assumée. Une manière pour Jernej Zoran de rappeler, sans discours appuyé, que la musique circule librement, et qu’elle reste, avant tout, une langue universelle.

