Avec UNDER THE INFLUENCE, Mortal Prophets revient au premier plan avec un EP court mais intensément chargé de sens. Cinq titres, pas un de trop, pour sonder les racines d’un imaginaire musical façonné par l’avant-rock, le post-punk et les marges expérimentales de Berlin et de New York. Ici, il n’est jamais question de nostalgie ou d’hommage figé : l’influence est traitée comme une force instable, presque dangereuse, que le groupe accepte de manipuler à mains nues.
Dès les premières notes, l’EP impose une atmosphère tendue, nocturne, traversée par un minimalisme habité. Mortal Prophets déconstruit des morceaux emblématiques pour en extraire le nerf, puis les recompose dans un langage qui lui est propre. Le résultat évoque une conversation entre les décennies, un présent perpétuellement sous pression où les références se dissolvent dans une vision très actuelle.
“Tiny Dancer” se révèle méconnaissable, transformée en élégie ambient feutrée, fragile, presque murmurée. À l’opposé, “Third Uncle” gagne en dureté et en urgence, flirtant avec une énergie post-industrielle qui pousse la mécanique rythmique à ses limites. L’ombre berlinoise plane sur “Sister Midnight”, tandis que “Repetition” se resserre jusqu’à devenir une étude claustrophobe du rythme et de la répétition elle-même. En clôture, “Too Many Creeps” ressuscite l’angoisse urbaine no-wave dans une version anguleuse, nerveuse, profondément viscérale.
Pensé comme un geste artistique cohérent, UNDER THE INFLUENCE s’écoute comme un court-métrage sonore, à la fois austère et romantique. Mortal Prophets y affirme une identité forte, capable de transformer des œuvres fondatrices en une matière neuve, contemporaine et sans compromis. Une chronique dense, exigeante, qui confirme le groupe dans une trajectoire résolument singulière.

