Avec Post Mortem Invictus, Luci Ferrum livre bien plus qu’un simple EP : c’est une traversée intérieure, frontale et sans concession. Née en Russie et installée à Santo Domingo, l’artiste s’impose comme l’une des figures les plus singulières de la darkwave et de l’industriel actuels, tout en participant activement à la construction d’une scène sombre encore rare dans les Caraïbes. Sorti le 20 décembre, ce projet s’écoute comme un film mental, où chaque morceau agit comme une cicatrice encore vive.
Dès Funny Guy, titre d’ouverture déjà remarqué par la presse spécialisée, Luci Ferrum installe un climat de fatalité calme et oppressant. Le morceau observe la chute annoncée, sans triomphe ni compassion, porté par une voix contenue, presque spectrale. La suite de l’EP s’enfonce dans des territoires plus intimes : Hope for the Rope s’attaque aux illusions auxquelles on s’accroche, Push and Pull met en scène l’épuisement émotionnel, Custom Made explore une forme de violence intérieure, tandis que Cycle Breaker tente de rompre avec les traumatismes transmis.
Musicalement, Post Mortem Invictus se distingue par son architecture précise : rythmiques industrielles abrasives, textures électroniques sombres, respirations trip-hop et ruptures de tempo soigneusement placées. La voix de Luci Ferrum évolue constamment, du murmure résigné à une tension presque triomphante, révélant un travail obsessionnel sur l’émotion brute.
Autrice, compositrice et productrice de bout en bout, Luci Ferrum revendique une autonomie totale et une vision claire. Inspirée par des univers allant de Björk à Nine Inch Nails, elle façonne pourtant une identité personnelle, marquée par une écriture métaphorique et une puissance féminine assumée. Post Mortem Invictus s’impose ainsi comme une chronique sonore de la survie, où la douleur devient matière à reconquête.

