Avec Kniga Emocij #2, Czelovek s’inscrit dans une voie artistique aussi rugueuse qu’intime. Cet EP de six titres se présente comme une suite de chapitres émotionnels, une sombre cartographie des humeurs et des états d’âme du rappeur.
Dès l’intro Gotow, on sent que le projet ne cherche pas à séduire par des artifices : l’écriture est brute, factuelle, presque documentaire, chaque ligne tirée avec la même honnêteté qu’un carnet de bord. Les instrumentations, souvent dépouillées, laissent le flow et la voix se déployer sans fioritures, comme des confidences livrées à l’oreille du public.
Czelovek explore ici la dialectique du contraste. Sur Wodymutnye, l’ambiance est glaciale, l’instrumental minimaliste enveloppé d’un voile électronique brumeux ; le flow impeccable se fond au paysage sonore, créant un effet presque cinématographique. Galanthus prolonge ce cheminement, mais joue davantage sur l’alternance entre beat épars et éclats de samples vocaux, qui troublent l’écoute comme autant de pensées fugaces, l’effet est excellent.
La force de cet EP réside aussi dans ses écarts. Taknado et Denzadnem montrent des variations de ton — parfois plus posées, d’autres fois plus énergiques — qui empêchent l’ensemble de se figer dans une seule sensation. Tedia Pret, final plus boom bap, conclut la trajectoire en revisitant les codes classiques du rap, tout en gardant cette empreinte sombre et réfléchie qui irrigue l’œuvre.
Kniga Emocij #2 est une expérience d’écoute exigeante : loin des formats calibrés, Czelovek y raconte sans concession une série d’instants, d’humeurs et d’introspections, et nous invite à traverser ces récits intimes avec lui, sans détour ni écran de fumée.

