Certaines chansons avancent en ligne droite. D’autres tournent, reviennent, grincent doucement comme les aiguilles d’une horloge ancienne. Avec “many gears ago”, CATSINGTON signe un retour tout en spirale, une pièce introspective où l’âme semble prise dans l’engrenage du temps.
Dès les premières mesures, le morceau installe un climat cyclique. Les motifs sonores se répètent, s’enroulent autour d’un refrain central qui agit comme un point fixe — ou peut‑être comme une question sans réponse. Cette construction en boucles épouse parfaitement le propos : l’identité, la mémoire, le désir de changer… et cette vérité troublante que l’on ne s’échappe jamais totalement.
Inspiré autant par les montagnes russes que par les horloges de grand‑père, le titre avance avec cette sensation de montée lente avant la chute émotionnelle. On pense à l’élégance mélancolique de The Beta Band ou aux duos ombrageux de Lee Hazlewood et Nancy Sinatra, mais CATSINGTON ne cite jamais frontalement : il absorbe, digère, transforme.
La voix, retenue mais habitée, semble suspendue entre résignation et espoir. Elle ne dramatise pas ; elle observe. Elle accepte le vertige du changement tout en reconnaissant la fidélité obstinée à soi‑même. Ce paradoxe — vouloir devenir autre tout en sachant que l’on reste soi — devient le cœur battant du morceau.
“many gears ago” n’est pas une explosion. C’est un mécanisme délicat, une machine intérieure qui tourne encore et encore. Une chanson pour ceux qui avancent, oui, mais en regardant toujours derrière eux.

