Avez-vous déjà frôlé le bord ? Ce point de non-retour où l’on ignore si l’on va s’envoler ou s’écraser ? C’est précisément sur cette ligne de crête que se déploie Dancing On The Event Horizon, le nouvel EP organique et fiévreux du groupe Tár. Loin d’une nostalgie sirupeuse, le quatuor polonais redonne ses lettres de noblesse au « nostalgic-gaze » à travers quatre titres explorant avec sincérité la perte, la défiance et le souvenir.
Musicalement, Tár nous sert un desert rock rugueux, saupoudré de grunge et de shoegaze, le tout nappé d’une esthétique début 2000. L’énergie est brute, le groove omniprésent, et le phrasé vocal percute l’auditeur telle une entrée atmosphérique de vaisseau spatial. Le groupe ne fait pas dans la demi-mesure : les guitares sont sales, les riffs pesants, et chaque note semble extraite d’un brouillard émotionnel où la mélodie finit toujours par percer.
Parmi les pépites, on retrouve le single A Course for Home, véritable odyssée spatiale vers le quadrant Alpha, mais aussi l’intense Black Lights. Ce morceau évoque un Placebo des débuts qui aurait recruté Morrissey au chant : un mélange théâtral, le cœur en miettes, porté par une densité sonore qui rappelle violemment d’où l’on vient. C’est du rock à fleur de peau, à la fois sophistiqué dans son exécution et sauvage dans son intention.
Si vous regrettez l’époque où le rock avait du cambouis sous les ongles tout en gardant la tête dans les étoiles, cet EP est votre nouvelle boussole. Tár ne se contente pas de jouer ; ils habitent l’horizon. C’est un disque qui ne s’écoute pas simplement, il se ressent comme une secousse. En quatre titres, le groupe prouve que la nostalgie n’est pas un refuge, mais un moteur pour l’avenir.

