Sous le pseudonyme de Caratacus, l’artiste multidisciplinaire livre avec Church une œuvre instrumentale fascinante, née dans l’intimité d’une chambre à coucher lors de nuits d’insomnie. Ce projet audacieux se présente comme la bande originale d’un film inexistant, dont le protagoniste n’est autre que Church, le chat de l’auteur. Véritable concept-album électronique, l’opus nous invite à suivre les déambulations de ce passager clandestin à bord d’un vaisseau spatial en pleine crise. Entre ronronnements synthétiques et bips d’urgence, la narration se dessine sans paroles, laissant la musique dicter le rythme de cette épopée cosmique.
L’esthétique sonore de l’album puise sa force dans une nostalgie assumée pour la science-fiction classique. Influencé par l’isolement de Moon, l’oppression organique d’ Alien ou l’héroïsme de Star Trek, Caratacus tisse une toile sonore complexe. Le musicien utilise des générateurs d’ondes et des oscillateurs simples pour recréer une atmosphère rappelant le « digital prog-rock ». Ce choix technique confère au disque une texture organique et familière, évoquant les bandes-son de jeux vidéo rétro tout en explorant des structures musicales modernes et évolutives.
Au-delà de la prouesse technique, Church brille par sa capacité à susciter des émotions pures. Des titres comme « Reactor Chamber (I Lurk For You) » oscillent entre l’effroi des vieux films de monstres et une mélancolie profonde, presque humaine. À l’inverse, le morceau « Hours Wasted Lovingly » capture un sentiment de joie tranquille, illustrant la curiosité insouciante du félin face au chaos technologique qui l’entoure. Chaque piste fonctionne comme une fenêtre ouverte sur l’esprit de Church, transformant ses reniflements et ses observations en une orchestration électronique riche et immersive.
Finalement, la force de cet album réside dans sa double lecture. Pour les rêveurs, c’est une narration ouverte où l’espace devient un terrain de jeu narratif ; pour les autres, c’est un disque d’ambiance d’une efficacité redoutable, idéal pour le travail ou la réflexion. Caratacus réussit le pari de transformer une anecdote domestique en une aventure universelle. En plaçant son chat au centre de la galaxie, il nous offre un voyage introspectif et spatial d’une rare élégance, confirmant que l’émotion ne nécessite parfois aucun mot pour nous atteindre.

