Il est des disques qui ne s’écoutent pas seulement, mais qui se respirent comme un parfum de nostalgie. Avec Dreams, le multi-instrumentiste parisien Hugo Sailer, l’âme derrière le projet Books Of Moods, livre une œuvre d’une cohérence rare, un voyage de 35 minutes où le temps semble s’être arrêté. Sorti ce 8 mai 2026 sous son propre label, Void City Records, ce premier album est le fruit de trois années de gestation solitaire dans son studio parisien.
L’immersion commence avec les nappes suspendues de Space, Pt. 1, véritable invitation à l’apesanteur, pour se clore sur la mélancolie délicate d’ Amoureux, seul titre en français qui vient ancrer le rêve dans une réalité poignante. Entre ces deux pôles, l’album déploie un art-rock cinématique, à la croisée des chemins entre les expérimentations de David Bowie, l’immédiateté pop des Beatles et l’esthétique éthérée de groupes plus contemporains comme Crumb ou Arcade Fire.
Dreams explore cette zone grise entre le souvenir et l’imaginaire : ce sentiment étrange de se remémorer des instants que nous n’avons peut-être jamais vécus. Qu’il s’agisse de l’euphorie solaire de Fashion Romance ou de la quiétude contemplative de Gaia, chaque morceau est une scène de film pour l’esprit.
Hugo Sailer réussit ici le tour de force de l’introspection solaire. Sa musique respire, refuse l’urgence et invite à une dérive sensorielle où le son et l’image deviennent indissociables. Un premier opus audacieux, intime et profondément organique, qui place Books Of Moods comme une voix indépendante dont il faut suivre l’actualité dans les semaines qui viennent.

