Certains morceaux ne se contentent pas d’occuper l’espace sonore : ils s’y installent comme un parfum persistant. Avec son dernier titre, « againagain », l’artiste indépendant Solomon Cazer confirme qu’il est l’un des secrets les mieux gardés de la scène Neo-Soul et R&B contemporaine. Originaire de Saint-Louis, le jeune auteur-compositeur livre ici une chronique intime et désarmante sur les cycles dont on ne sait pas guérir.
Dès les premières notes, l’atmosphère se fait feutrée, presque nocturne. La production, volontairement minimaliste, laisse toute la place à une instrumentation organique où la basse, ronde et chaleureuse, dialogue avec des accords de guitare teintés de jazz. Mais c’est la voix de Cazer qui retient l’attention. Texturée, vibrante de vulnérabilité, elle glisse sur le tempo avec une mélancolie magnétique.
« againagain » — répété comme un mantra ou un aveu de faiblesse — explore ces schémas amoureux destructeurs que l’on rejoue inlassablement, espérant une fin différente. Cazer ne chante pas la rupture avec fracas ; il murmure la résignation de celui qui retombe, encore et encore, dans les mêmes bras. Cette approche viscérale rappelle la langueur d’un Brent Faiyaz ou la profondeur d’un GIVĒON, tout en conservant une identité brute propre aux artistes qui peaufinent leur art loin des projecteurs des majors.
En un peu plus de trois minutes, Solomon Cazer réussit le pari de suspendre le temps. Une chronique de l’obsession amoureuse d’une justesse rare, qui prouve que le R&B a encore de magnifiques zones d’ombre à explorer.

