C’est une lettre d’amour gravée sur une bande magnétique qui s’étire. Avec « Montreal (Feeling it All) », premier jalon de son projet à déploiement progressif Tiny Pieces of Tape vol.1, l’ex-Montréalais Esteban Obando, désormais basé à Los Angeles, livre une œuvre d’une sincérité désarmante. Épuisé par l’infinité stérile des options numériques, le multi-instrumentiste d’origine colombienne a choisi de terrasser son perfectionnisme en s’enfermant seul avec un magnétophone quatre pistes Tascam 424 des années 90.
Le résultat possède cette chaleur brute et organique qui rappelle l’ère confessionnelle d’Elliott Smith. Enregistré en une seule prise directe, le morceau vit à travers ses imperfections assumées : les voix doublées se superposent avec une fragilité touchante, enveloppées par la réverbération à ressorts texturée d’un synthétiseur Moog Grandmother. Dans le fond, le saignement discret d’une boîte à rythmes fait office de métronome fantôme, ajoutant au charme artisanal de l’ensemble.
Obando fait ici tout lui-même, de l’écriture à l’interprétation. Cette autarcie accouche d’une ballade sensorielle piano-guitare où la mélodie du refrain suspend le temps. Plus qu’un simple hommage géographique, le titre explore la sédimentation des souvenirs, capturant l’essence même de la mélancolie liée à la jeunesse.
En refusant les artifices du montage moderne, l’artiste laisse la bande analogique raconter sa propre histoire. C’est précisément ce dépouillement radical qui permet à cette complainte intime de vibrer si fort chez l’auditeur. Une capsule temporelle vibrante, imparfaite et terriblement vivante.

