Au printemps 2026, entre les murs d’un appartement stockholmois et le béton d’un sous-sol à Enköping, le trio ARMOURS a façonné l’une des sorties les plus saisissantes de l’année. Leur premier EP, Body, est une plongée organique dans les entrailles de la synthpop et de l’EBM, où les machines vintage retrouvent un souffle viscéral.
Le groupe, composé de vétérans de la scène suédoise, réussit le tour de force de faire dialoguer l’héritage industriel de Nitzer Ebb et DAF avec la sensibilité mélodique des Pet Shop Boys. Ce mariage, sublimé par le mastering chirurgical de Hans Olsson à la Svenska Grammofonstudion, donne naissance à une matière sonore brute et nostalgique.
Sur ce projet, deux titres cristallisent cette tension entre chair et métal. Le morceau éponyme, Body, s’impose comme une méditation poignante sur la fin de vie et la veillée auprès d’un parent, portée par des voix baryton imposantes. À l’opposé, Confront s’inscrit dans une urgence beaucoup plus politique, explorant les rapports de force qui régissent nos mondes, du local au global. L’EP s’achève sur une relecture magistrale d’Allegiance du groupe indé suédois Blithe, clin d’œil vibrant à ceux qui ont traversé les années 90 dans les méandres de l’Indiepop.
En invoquant les fantômes de Joy Division ou l’énergie de Cold Cave, ARMOURS ne se contente pas d’un hommage. Ils bâtissent un refuge, un espace pour s’évader du vacarme du monde. Une réussite qui, loin des artifices, rappelle que le cœur de la musique électronique bat toujours dans la précision d’une boîte à rythmes et la profondeur d’une émotion partagée.

