Le punk rock n’est pas mort, mais il s’était sérieusement embourgeoisé. Face à une scène actuelle saturée de formations « post-punk » lisses, qui vendent une rébellion inoffensive à une classe moyenne en mal de frissons, les Britanniques de Segrëgates sifflent la fin de la récréation. Avec leur nouveau single No Rhyme or Reason, le trio de York livre un véritable pamphlet sonore contre les imposteurs du genre.
Ce morceau s’embarrasse d’aucune politesse. L’influence de Motörhead et d’Inepsy transpire dès les premières secondes à travers une section rythmique pachydermique, une basse vrombissante et un mur de guitares saturées. À cette puissance brute s’ajoute le cynisme parlé-chanté hérité de Sleaford Mods, insufflant une urgence viscérale au titre. Segrëgates refuse de cocher les cases d’une politique de façade pour plaire aux algorithmes : le groupe préfère mordre.
Ce qui fait la force organique de cette sortie, c’est son équilibre parfait entre l’efficacité brute et la satire. Derrière son efficacité immédiate et sa mélodie redoutablement accrocheuse, No Rhyme or Reason cache des paroles d’une ironie féroce, un véritable exercice de dérision qui prend pour cible le politiquement correct ambiant. C’est rugueux, c’est honnête, et ça fait du bien là où ça fait mal.
En refusant de diluer leur colère dans les codes de la rébellion institutionnalisée, Segrëgates signe un retour aux sources salvateur. No Rhyme or Reason n’est pas juste un single de plus, c’est un rappel brutal que le punk doit rester dangereux, imprévisible et profondément insoumis.

