Quand un claviériste compose pour des cuivres, il oublie parfois un détail crucial : les musiciens doivent respirer. C’est de ce paradoxe qu’est né « Thai Basil », le nouveau single infectieux et inclassable de Dan Webb, extrait de son album Lion Dance. Le résultat est un ovni de jazz-fusion, aussi psychédélique que follement dansant.
À la base, le morceau s’articule autour d’une basse synthétique, de batteries électroniques et de couches de claviers superposées par Webb. Pour insuffler une âme organique à cette fondation numérique, le compositeur s’est entouré d’une section rythmique redoutable, combinant les prises d’une profondeur rare du batteur Micah Hummel et du percussionniste Nate Werth.
Mais la véritable prouesse réside dans les cuivres. Webb a fait appel à Ron Blake et James King, la section attitrée des Rolling Stones sur leurs derniers albums. À l’origine, Webb avait improvisé leur ligne à l’unisson sur son clavier. Le motif s’est révélé si dense qu’il était physiquement impossible à jouer d’un seul souffle. Pour contourner l’obstacle, les deux souffleurs ont enregistré de courts segments, assemblés ensuite au montage pour créer l’illusion d’une performance continue et surhumaine.
Poussant l’expérimentation encore plus loin, Webb a superposé ces sections jusqu’à obtenir un arrangement contrapuntique à trois voix, couronné par des textures de synthétiseurs vintage. « Thai Basil » transcende ainsi les frontières des genres musicaux. C’est un tour de force de studio, une transe collective et l’affirmation d’un style unique où la technologie et le souffle humain fusionnent de manière spectaculaire.

