Certains disques s’écoutent comme on traverse un paysage au crépuscule. Reset E.P., le tout premier opus du groupe indie rock originaire de Boise, Afternoon Sister, appartient à cette catégorie d’œuvres insaisissables et profondément enveloppantes. Publié sous le label North Corona Records, ce projet de cinq titres synthétise avec une rare maturité l’essence du dream pop et du rock alternatif.
Portée par la voix et le sens mélodique affûté de la jeune auteure-compositrice Alice Ventura, la formation tresse des atmosphères brumeuses où la saturation des guitares côtoie une douceur mélancolique. Dès l’ouverture sur « Don’t Cross Yer Fingers », le ton est donné : le son est organique, dense, habité. L’influence de figures tutélaires comme Mazzy Star pour le spleen contemplatif, Neil Young pour l’électricité brute ou encore Chromatics et Air pour les textures éthérées se fait sentir sans jamais étouffer la personnalité du groupe.
Enregistré entre les studios Cumulus et M51, puis façonné par le travail de production et de mixage de Ray Hedgpeth, le disque offre un équilibre remarquable. L’auditeur voyage des élans déchirants de « Ache » aux déambulations nocturnes de « Night Drive », jusqu’à la pièce maîtresse éponyme « Reset ». L’ensemble se termine sur la nostalgie assumée de « I Guess It Is Goodbye », scellant la cohérence d’un disque à la fois intime et puissant.
Loin des productions lissées par l’intelligence artificielle — le groupe affirmant fièrement n’avoir utilisé aucun outil génératif —, Afternoon Sister livre une musique humaine, imparfaite et captivante. Reset E.P. est plus qu’un coup d’essai : c’est l’affirmation d’une identité sonore prête à marquer la scène indépendante.

